mardi 1 mars 2022
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Di Nota culpa
par « Docteur Marty »

Beaucoup de conneries ont été dites sur l’affaire Paty, mais il manquait quelqu’un pour les écrire. David Di Nota s’est désigné tout seul, pour publier le 7 octobre 2021, J’ai exécuté un chien de l’enfer, « contre-enquête » sur la décapitation de Samuel Paty survenue le 16 octobre 2020. « Comment un écrivain ne pourrait pas se sentir concerné ? », s’interrogera-t-il au moment de sa promo sur Europe 1, le 11 octobre 2021, face à Sonia Mabrouk. Excellente question ! Mais la réponse de Di Nota n’est pas la bonne. Il fallait plutôt lire la « Lettre ouverte à une tête de con » dans le numéro 28 de Nabe’s News (29 janvier 2021), qui était accompagnée d’une de mes spécialités : la chronologie des faits complète à la Marty !
     La thèse de l’affaire vue par Di Nota est celle qu’avait énoncée Samuel Paty, de son vivant. Aujourd’hui, il est devenu difficile de dire autre chose que ce qu’affirment les victimes, et pas seulement dans les affaires de terrorisme… Les larmes noient l’esprit critique et la nuance, et c’est sur elles que surfent les démagos à la Di Nota. Pour lui, Samuel Paty a été victime d’une « rumeur » colportée par des islamistes qui a causé la mort de cet enseignant de collège en histoire, après que l’Éducation nationale l’a lâché pour ne pas faire de vagues… C’est faux, bien entendu. Mais qui va le dire ? Après la sortie du livre de Di Nota, dans les commentaires YouTube qui ont accompagné ses interviews, sur Twitter ou dans des forums, personne ne l’a contredit. Personne n’était là pour rappeler simplement les faits, et dans l’ordre. Personne n’a attaqué Di Nota comme il le méritait.
Son livre, Di Nota, en  fait reposer le développement sur un gros tas de mensonges par omission. Que cache-t-il ? Nous allons y revenir… Mais d’abord, au lieu de parler de Paty, Di Nota fait son sociologue (il est clairement moins écrivain que docteur en sciences politique) en évoquant des agressions de profs dans les trois premiers chapitres de son livre. Quel est le rapport entre un professeur décapité et une enseignante harcelée ? Aucun, mais Di Nota veut montrer que la hiérarchie des professeurs, de la direction des établissements jusqu’au ministère, a l’habitude de fermer sa gueule, quitte à abandonner les enseignants à des assassins. Problème : Paty a été soutenu à mort (façon de parler) par la principale du collège, Audrey Fouillard (que Di Nota ne cite jamais, et pourtant, son nom n’est pas si compliqué à trouver sur Internet), se démenant pour lui et insistant même pour l’accompagner au moment de son dépôt de plainte. Elle obtiendra une légion d’honneur le 14 juillet 2021, après 25 ans de service au sein de l’Éducation nationale (scoop !). Il faut attendre le chapitre 4 de son livre pour que Di Nota en vienne enfin à Paty ! Il explique que le 6 octobre 2020 (un mardi), « une mère appelle la principale du collège, persuadée que les élèves de confession musulmane ont fait l’objet d’un traitement raciste de la part d’un professeur d’histoire-géographie ». « Persuadée » ? Di Nota omet la journée du 5 octobre, ou du moins ne la détaille pas, parlant d’un cours sur la laïcité, avec des caricatures montrées, mais tout ceci est à peine dit. Non, ce qui compte pour Di Nota, c’est la « calomnie » kafkaïenne qui a condamné Samuel P. !… Ceux qui veulent le moindre détail se référeront à ma chronologie. Pour résumer, le 5 octobre 2020, Paty donne sur la laïcité à sa classe de 4e5 et montre deux caricatures « trash » (comme il l’admettra à un collègue, par mauvaise conscience, quelques heures plus tard), non sans avoir proposé aux élèves qui le souhaitent de sortir (et après, il s’offusquera d’entendre qu’il ne maîtrise pas la laïcité). Une des élèves de sa classe, choquée par l’attitude de son professeur, a tout raconté à sa mère.
     Quelle idée de montrer, en 2020, des caricatures de Charlie, et en plein procès des attentats contre Charlie de 2015 ! Et quelle idée de vouloir à tout prix (même à celui de sa vie ?) les diffuser à des élèves de 13 ans, alors qu’elles n’ont absolument aucun intérêt, sauf celui de montrer qu’on est libre par principe… La diffusion des caricatures de Mohamet, c’est le Chahada des laïcards… La mère de l’élève en question téléphone le mardi matin à la principale du collège. Celle-ci avertit Paty qui présente des excuses à cette mère, qui les accepte ! La version conspie de David Di Nota de l’affaire Paty veut que cette mère de famille n’ait pas été informée par sa fille, mais intoxiquée par la fameuse « calomnie » qui circulerait déjà le matin du mardi 6 octobre. Comprenez : cette conne de principale a cru une rumeur et a sommé Paty de présenter des excuses, lui qui savait qu’il n’avait rien fait. Nous verrons plus loin comment Di Nota, aussi mauvais lecteur que mauvais écrivain, a fait pour se planter aussi gravement… Pour Di Nota, la rumeur prétend que Paty « a organisé une mini rafle du Vel d’Hiv’ » (il n’a pas osé l’écrire, il l’a dit à Natacha Polony le 20 novembre 2021 dans une vidéo pour Marianne), en demandant aux élèves musulmans de sortir, mais il n’a pas jamais été question de « rafle » dans aucune version de qui que ce soit…
     Rectifions le « rectifieur » Di Nota. La vérité est qu’il y a bien eu une rumeur, pas le matin du mardi 6 octobre, mais le lendemain, mercredi 7…. Lorsque la première mère d’élève s’était plainte, elle avait fait allusion au cours du lundi matin où 5 élèves sont sortis, sur proposition de Paty, pour ne pas voir deux caricatures projetées en classe. Dans l’après-midi de ce 6 octobre, Paty a refait son cours avec les mêmes caricatures, cette fois avec sa classe de 4e4 et sans proposer aux élèves de sortir, mais seulement de fermer les yeux. C’est le lendemain qu’intervient Zaïna Chnina, élève de 4e4… En effet, ce 7 octobre, à 8 heures, sa mère téléphone au collège pour annuler un rendez-vous ordonné depuis un certain temps par la principale adjointe pour discuter des absences répétées de Zaïna depuis la rentrée et de son refus de porter le masque anti-Covid. Dans la journée, en représailles de cette défection, la principale Fouillard décide l’exclusion temporaire de l’élève qui devra être effective les 13 et 14 octobre suivants… En riposte à cette représaille, Zaïna, une fois informée de son futur renvoi, raconte à ses parents qu’elle sera virée à la demande de son prof Paty qui lui a reproché de perturber son cours donné le mardi après-midi, parce qu’elle s’indignait trop ostensiblement que celui-ci ait montré les caricatures. Si Zaïna a menti sur les raisons de son exclusion et sur son absence au cours de Paty le mardi après-midi (ce que la presse a « découvert » en février 2021, après Nabe’s News !), elle a dit vrai sur le contenu du cours, puisque ce sont ses camarades qui le lui ont raconté, et sans doute pas seulement à elle… Sur TV5 Monde, invité le 13 octobre 2021, Di Nota aura le culot de jouer les spécialistes : « Il faut être très précis, il y a eu deux étapes. Il y a eu une excuse le 6 octobre, où il s’agit simplement de dire qu’il y a eu un malentendu créé par une élève, qui n’était pas dans la classe. » Non ! Ni malentendu, ni rumeur ! Quand Paty s’excuse le matin, il sait ce qu’il a fait, et c’est pour ça qu’il s’excuse. Oui, Paty a fait une connerie…
     Et David aussi ! En voulant cacher la faute de Paty, David Di Nota en commet une autre, en signant un récit tronqué et trompeur à partir des faits qu’il a mal compris… Di Nota Culpa ! À Polony, il explique que la principale a demandé à Paty de s’excuser le jeudi 8 octobre auprès de sa classe. Mensonge ! Ce jour-là, Paty revient avec sa classe de 4e5 (que Di Nota est incapable de nommer), qui a suivi le fameux cours du lundi (celui avec l’invitation à la sortie), pour justifier sa démarche, qui se voulait une manière de protéger les élèves qui auraient pu être choqués. En aucun cas, Paty ne s’excuse ce jeudi-là, et ni la principal ni la CPE n’exigent ça de lui. Di Nota construit un mythe, celui d’un Paty seul contre tous, accusé de tout sans rien savoir des raisons. Quand on prétend révéler la vérité, il faut travailler et être le plus précis possible. Dans son livre, Di Nota se perd dans la chronologie, qui devrait être la base, putain ! Par exemple, toujours dans le quatrième chapitre, après qu’il a évoqué les excuses de Paty à la mère de famille le matin du 6 octobre, Di Nota parle des appels anonymes des musulmans en colère. Problèmes : ces appels n’interviennent que plusieurs jours après, une fois que le demi-mensonge de Zaïna a bien été diffusé, causant une situation de crise qui poussant certains profs à se désolidariser le week-end des 10 et 11 octobre ! Certains collègues (pas tous) ont eu la trouille d’entendre que les enseignants d’histoire du collège du Bois d’Aulne faisaient des conneries comme Paty, et ont souhaité dire la vérité, plutôt que de serrer les rangs par copinage ou par idéologie.
     David ignore la faute de Paty, qui s’est excusé, mais, comme il dit : « Comme dans tous les procès où l’innocent doit s’excuser d’une faute qu’il n’a pas commise, un tel aveu n’établit aucunement la culpabilité de l’accusé : elle nous prouve simplement que l’ensemble des acteurs — collègues, supérieurs et parents d’élèves tous ensemble — y trouvent leur intérêt. » On rêve ! Di Nota est tellement nul qu’il veut à tout prix faire correspondre Paty et Joseph K… Ce n’est plus de l’incompétence, c’est de l’acharnement ! Et puis, il a beau jeu de parler d’intérêt, lui qui profite du premier anniversaire de la décapitation de Paty pour publier un livre inutile sur le sujet… Di Nota n’est pas conscient du mal qu’il fait, il s’imagine, au mieux, être un branleur d’idéologie comme les autres…
     Dans ses interviews, pour se positionner en chercheur consciencieux qui a ses sources, il explique avoir eu accès au rapport de l’Inspection d’Académie de l’Éducation nationale. Il ne cesse de parler de « rapport officiel », comme s’il y avait une vérité officielle trafiquée par les institutions pour se protéger. J’exagère ? « Dans le rapport officiel, tout est reporté au style indirect, ce qui est très facile, évidemment, puisqu’on fait parler les gens en fonction de ce qu’on a envie de raconter » (Di Nota à Polony, 20 novembre 2021). Il reproche au rapport de ne jamais citer le nom de Samuel Paty, alors que lui, le fait, et sur la couverture même de son livre ! Quel sentimentalisme… Pourtant, il y est, dans le rapport, le nom de « Samuel Paty » ! C’est même le seul nom qui écrase tous les autres : Chnina, Fouillard, Lesage, Anzorov…

     Oui, ce rapport, publié en décembre 2020, est mal foutu, les noms sont donc tronqués, il faut le réécrire patiemment et calmement pour comprendre la totalité de l’affaire, mais c’est une somme d’informations pour celui qui sait le lire. C’est de cette façon que l’on comprend que Di Nota a confondu celles que le rapport désigne comme « l’élève » : il y a « une élève » de 4e5 dont la mère s’est plainte au collège le matin du 6 octobre et « l’élève » de 4e4 qui a menti à son père le soir du 6 octobre.

Extrait de la page 4 du rapport où il est question du cours
dispensé le 5 octobre 2020 à la classe de 4e5…

Extrait de la page 5 du rapport qui désigne clairement que Zaïna
est inscrite en classe de 4e4…

     Le rapport doit être lu en complément des articles de presse publié entre octobre 2020 et janvier 2021. Comment croyez-vous que je travaille ? Je n’ai pas eu accès à plus de sources que Monsieur Di Nota, qui habite à Londres chez sa girlfriend… Mes recherches ont été faites depuis mon bureau (dans un ancien bureau, dans une lointaine vie, et pourtant dans la même ville), seulement sur Internet (tout est sur Internet) ! Il suffit de savoir l’utiliser… Quand je prépare une chronologie pour Nabe’s News, je pose quelques dates, puis je cherche le maximum d’informations possible, galvanisé par Nabe qui me pousse à aller toujours plus loin dans la vérification des faits rapportés. Un véritable travail de recherche en toute liberté, sans collègue pour faire chier, dans un enthousiasme et une émulation hélas absents des laboratoires de recherche et autres écoles doctorale, où cohabitent dans une atmosphère de mort la mesquinerie et la jalousie, l’angoisse et l’ennui…
     Le livre de Di Nota est franchement pénible à lire, pas seulement pour toutes les conneries que son auteur arrive à énoncer, mais aussi parce qu’il est très mal construit. Dans l’enchaînement de courts chapitres, Di Nota évoque successivement, dans des chapitres séparés, les mails échangés les 10 et 11 octobre entre Paty et ses collègues, la vidéo du 8 octobre avec Séfrioui et Zaïna, la présence de Brahim Chnina à leurs côtés, son message Facebook du 7 octobre. Tout à l’envers, tout de travers ! Di Nota préfère se foutre de la gueule de Sefrioui, qui attend la principale Fouillard dans le froid, et de Chnina, qui porte mal son masque anti-Covid… Ah, c’est pas demain que Di Nota arrivera à construire un chapitre aussi précis, informé et drôle comme le fait Nabe dans ses Porcs !… D’ailleurs, Di Nota signale, pour faire sérieux, que le texte de Chnina a été publié à 21h28. Détail insignifiant et faux, puisque Di Nota habite à Londres et a donc une heure de retard par rapport à la France, d’où Brahim a publié à 22h28 le 7 octobre 2020. Sans verser dans la diffamation, mais plutôt dans le procès d’intention, Di Nota explique ensuite que Brahim balance ses informations « sur WhatsApp à l’ensemble de ses contacts », avant d’ajouter « C’est en conversant sur WhatsApp qu’Abdoullakh Anzorov obtiendra les informations nécessaires sur Samuel Paty ». Manière de dire, sans le dire, qu’il y aurait eu contact entre Chnina et Anzorov…
     Di Nota en vient à parler du dépôt de plainte de Paty à la police contre… Ah non, pardon, Di Nota ne parle que la convocation de Paty à la suite des accusations portées contre lui par Brahim Chnina (sa plainte est évoquée dans le chapitre suivant, super logique comme construction !). Il ne précise pas que Chnina a porté plainte contre Paty le soir du 8 octobre, après avoir réalisé sa vidéo avec Sefrioui et sa fille, ni que deux jours plus tard, l’Inspection d’Académie encourage Samuel Paty à porter plainte contre cette vidéo. Que d’omissions dans ce putain de bouquin ! Et c’est Fouillard — la principale du collège en personne ! — qui accompagne Paty le mardi 13 octobre pour déposer plainte contre Chnina ! Une fois encore, Di Nota ne dit rien, préférant ironiser sur la plainte de Chnina : « non content de stigmatiser les musulmans, l’enseignant s’amuser à diffuser des images pornographiques auprès de ses jeunes élèves. Aussi grotesque soit-il (“l’absurdité de la situation touche comme bien souvent au comique”, notera Paty dans un courriel), ce nouveau tour de vis dans l’absurde a toutefois l’avantage de nous fournir l’image la plus nette de l’enseignant trois jours avant sa mort » Qu’en savait-il, Paty, le 13 octobre, qu’il allait mourir, assassiné par Anzorov le 16 octobre ? En histoire, ça s’appelle de la téléologie : donner du sens à une histoire en fonction de sa fin. Jusqu’à sa mort, personne (sauf Anzorov) ne savait que Paty allait mourir. Quant à l’absurdité d’accusation de diffusion d’images pornographiques, elle n’est pas si absurde que ça, mais pour le savoir, encore aurait-il fallu que Di Nota raconte précisément ce que Paty a fait et montré… Oh, mais quel con je fais : Paty n’a rien fait…
     Dans son livre, Di Nota fait comme les autres : il ne décrit pas les deux dessins que Paty a présentés à ses classes de 4e5 le 5 octobre puis 4e4 le 6 octobre. Les Musulmans ne veulent pas que l’on représente Mahomet, mais les Laïcards (appelons-les comme ça) n’aiment pas montrer ce que Paty a fait (ni la gueule de sa tête lorsque son assassin en a tiré les conséquences). Non, pour Di Nota, il n’est pas question d’images montrables ou pas, il n’y a au centre de cette affaire qu’une « rumeur » et une administration publique à plat ventre devant les « islamistes » ! Et l’interrogatoire de Zaïna ? Ce n’est pas en lisant Di Nota que vous saurez que Zaïna Chnina a été convoquée (avec sa sœur jumelle) le vendredi 9 octobre par Fouillard, qui avait vu clair dans son jeu de menteuse ! Di Nota s’en prend au « référent laïcité », dépêché dans le collège pour résoudre la crise, en affirmant qu’il était contre Paty. Faux ! Depuis le début, personne ne contestait à Paty le « droit » de montrer des caricatures, mais seulement le fait d’inviter des élèves de 13 ans à sortir d’une classe en plein cours. Nuance !
     Plus tard, dans son livre, Di Nota parle des Juifs dans un chapitre « composé » de deux petits paragraphes pour « planter » (façon de parler) Sefrioui et sa célèbre phrase prononcée le 8 octobre devant le collège : « Si on avait été juifs, on aurait pu entrer sans attendre ». Di Nota  se décide enfin à faire entrer Sefrioui dans le collège, neuf chapitres après l’avoir montré attendant dans le froid. « Cette remarque dit tout ce que nous avons besoin de savoir sur ses ambitions à long terme » commente Di Nota. Que faut-il comprendre ? Que Sefrioui manipulerait l’affaire Paty à des fins antisémites ? Pas très franc, le Di Nota, d’autant plus qu’il est plus clair sur la question dans une des rares notes de bas de pages de l’ouvrage, pour faire sa bio express hyper orientée de Sefrioui et souligner qu’il a harcelé Hassen Chalghoumi « imam essentiellement coupable d’aimer la République français ou, pire encore, de ne pas haïr les Juifs comme il le devrait. » En 2010, le collectif Cheikh Yassine, créé par Sefrioui, a manifesté devant la mosquée de Drancy où officie Chalghoumi, après que ce dernier s’est déclaré contre le port du voile. Dans un autre chapitre, Di Nota compare la soi-disant attitude de l’Éducation nationale avec celle du ministère des Armées refusant de se dédire pour restaurer la véritable innocence du capitaine Dreyfus !
     L’« écrivain » Di Nota en vient au récit de l’exécution de Paty ! Pas terrible… Moi, je l’ai plié en 3 paragraphes, mais Di Nota l’étale sur douze pages… Quelques éléments intéressants, enfin, un seul : Anzorov était en contact téléphonique avec Zaïna le jour de la mort de Paty. Là où Di Nota gâche sa seule chance de passer pour perspicace, c’est avec cette phrase : « Nul ne sait pas si le professeur était encore conscient au moment de sa décapitation » Évidemment que Paty est mort à la suite des coups de poignard plantés dans l’abdomen et dans les membres supérieurs (et à la tête aussi). Anzorov identifie Paty, en jeans bleu et en chemise rouge (bien vu !) : il l’attrape, le plante à plusieurs reprises. Paty meurt et est décapité post mortem par Anzorov, Nabe l’a dit et c’est logique ! Comment Anzorov aurait-il pu le faire si Paty ne s’était pas laissé faire ? Pourquoi Anzorov aurait-il choisi de décapiter Paty vivant avant même que ses différentes plaies ne le tuent ? Anzorov a attendu Paty 3 heures devant le collège, il peut bien le laisser mourir en moins de 5 minutes…
     Di Nota ferme son chapitre avec une erreur grossière : il recopie le tweet d’Anzorov en le « corrigeant » : « D’Abdullah, le serviteur d’Allah à Macron » au lieu de « De Abdullah, le Serviteur d’Allah, À marcon, le dirigeant des infidèles ». Sans la virgule, le lecteur comprend qu’Abdullah a été un serviteur d’Allah jusqu’à Macron… Di Nota raconte l’exécution d’Anzorov et sa « lutte à armes inégales face aux policiers nationaux venus en renfort ». N’importe quoi ! Ce n’est pas des « policiers nationaux », c’était la BAC ! Ce n’est pas des « armes inégales », c’était un pistolet Airsoft braqué par Anzorov contre les flics qui le visaient à balles réelles, dont 9 l’ont mortellement touché ! Ce n’est pas une « lutte », c’était une exécution !
     Dans son « analyse » des suites administratives données par l’Éducation nationale à la mort de Paty, Di Nota écrit : « Comment redonner confiance aux professeurs tout en accusant Samuel Patti d’avoir commis une erreur ? Comment cette thèse, construite avant l’assassinat, serait-elle encore vraie après ? La décapitation aurait-elle aucune importance ? » Passage crucial pour comprendre la psychologie de Di Nota, et avec lui celle de l’époque. Di Nota lave Paty de toute faute, puisqu’il est mort. Ça ne suffit pas pour en faire un saint laïc de plus… L’absurdité selon laquelle que Samuel Paty n’a strictement rien fait vient de l’idée que Samuel Paty ne méritait pas de mourir (demandez à Anzorov…). On part d’un principe (on ne tue pas) pour arriver à un mensonge qui accable davantage l’assassin, qui lui avait des raisons (qu’on peut discuter, mais elles existent) de tuer. Il faut être con comme une victime pour croire qu’un meurtrier n’a jamais aucune raison d’agir. La donner ne signifie pas l’approuver. Il faut tout s’expliquer, tout peut s’expliquer, mais tous s’enfuient déjà… Toute est une question de valeur d’une société à un moment donné : assassiner un professeur sans intérêt est un crime odieux qui mérite de geler une société entière pendant des jours, mais exécuter son assassin, sans procès ni droit à la défense (ce qui est le fondement de cet État de droit démocratique soi-disant menacé par les terroristes), ne pose aucun problème. « Il a eu ce qu’il méritait » se disent les « barbares-citoyens » de notre temps. Et Di Nota d’ironiser sur cette exécution, comme il l’aurait sans doute fait avec celle de Ben Laden : « Le reste appartient à la légende dorée des martyrs », « Le refus d’obtempérer, la lutte à armes inégales face aux policiers nationaux, venus en renfort, et finalement la joie de mourir en héros »…
     Il aura donc fallu 78 pages à Di Nota pour raconter très mal une histoire à laquelle il ne comprend rien (comme Paty et la laïcité). Mais il reste encore 70 dernières pages dans son livre, qui peuvent être résumées ainsi : l’antiracisme est instrumenté par les islamistes à des fins d’entrisme. Dans ces pages Di Nota invoque Houria Bouteldja et cite son live Les Blancs, les Juifs et nous. Vers une politique de l’amour révolutionnaire paru en 2016, pour évoquer, pêle-mêle, les racisés, les dominants, les dominés, la décolonisation, la haine, les Indigènes de la République, l’emprise islamiste, les violences systémiques…  Bref, un trou du cul de sociologue amateur dans ce qu’il sait faire de pire : plaquer une grille de lecture qui fonctionne comme des barreaux entre la réalité et la prison mentale qui lui sert de tête ! Le 15 octobre 2021, il a dû faire bicher Praud et Rioufol en déclarant sur CNEWS que « le dévoiement de l’antiracisme, c’est lorsque vous organisez une campagne de haine, une chasse à l’homme on peut dire, au nom d’un attachement supposé à l’antiracisme. Et lorsque vous faites au nom d’Allah, vous avez l’antiracisme islamiste. Et c’est de ça qu’est mort Samuel Paty. C’est aussi simple que ça. » Rioufol se régalait, lui qui explique que l’État « a tué aussi Samuel Paty » (ce que Di Nota approuve !) et qui en appelle au développement d’écoles « Samuel Paty ».
     Pour Di Nota, l’affaire Paty est un prétexte pour exprimer ses petites pensées d’ex-prof’ terrifié par la « bête immonde » : l’« islamisme » (qu’il ne cite quasiment jamais). Pour s’en convaincre, il suffit de visiter son blog… Eh oui, David Di Nota tient un blog, titré « The only good writer is a dead writer »… Manière de se défendre d’être un bon écrivain, mais aussi façon d’interdire aux autres écrivains de l’être, bons… Di Nota, l’Anzorov de la littérature contemporaine ? Son blog est très banal : défense de Finkielkraut, d’Onfray et de Charlie, attaque de Mélenchon, de la Ligue de Défense Noire Africaine et de Tariq Ramadan (« Monsieur Ramadam »). Du menu fretin pêché par la ligne de Causeur.
     Le 20 octobre 2020, soit 4 jours après la décapitation de Samuel Paty, Di Nota « publie » une « Lettre aux Aveugles », où il n’ose pas écrire le mot « islamisme », qu’il compare à une nouvelle « bête immonde », qui rendra « bientôt impossible d’enseigner la Shoah à l’école ». David Di Nota s’intéresse donc à l’affaire Paty pour ce qu’elle représente pour les Juifs, d’où les allusions à au capitaine Dreyfus, à la rafle du Vel d’Hiv et à l’enseignement de la Shoah… Il s’en prend à la gauche (l’article est illustré par une photo montrant « le pitoyable » Mélenchon entre Alexis Corbière et Clémentine Autain) à laquelle il reproche de ne pas admettre la menace (islamiste, donc), sous couvert de « ratiocination pseudo-marxiste et victimaire », comme elle a refusé la réalité du goulag en Union soviétique… Pas un mot sur Anzorov, Di Nota prend juste la mort de Paty comme prétexte pour taper sur un camp politique au nom de sa petite trouille d’exilé à Londres… Le fond du livre était écrit un an avant sa publication, il restait plus qu’à David Di Nota qu’à faire correspondre les faits à sa petite vision du monde… C’est comme ça qu’il a écrit J’ai exécuté un chien de l’enfer
     « Quand on sort de la lecture de votre livre, on est profondément déprimé » conclura Polony après 40 minutes d’entretien inutile avec Di Nota. Elle a raison, la Natacha : on peut qu’être déprimé de voir la folie d’une époque qui n’a que de vagues idées sur tous les sujets et qui s’en fait une vérité. Déprimé d’avoir à accepter qu’un éditeur « sérieux » (le Cherche-Midi) ait laissé un « écrivain » publier un « travail » sur l’affaire Paty. Il faut être solide pour ne pas tomber dans le complotisme, alors que beaucoup sont tombés dans le piège de Di Nota, parce qu’il a un titre de docteur en sciences politique. La vérité n’est pas une question de titre. On peut qu’être déprimé quand on constate l’absence de débat autour de son livre. La vérité importe peu, ce qui compte aujourd’hui, c’est que l’on pense des choses. Il suffit de lire les avis de ceux qui ont lu son livre : « L’anatomie factuelle d’un crime », « Un livre qui rétablit simplement les tristes faits », « Pour le rétablissement de la VERITÉ dans cette sombre affaire », « très bonne analyse de la situation mais un langage trop soutenu même si criant de vérité »… Mais qu’en savent-ils, ces connards ? Rien, bien sûr. Ils ont découvert les « détails » de l’affaire Paty à travers le récit qu’en fait Di Nota. Ils entendent un air musical qui leur plaît, qui leur semble juste, alors qu’il est bourré de fausses notes et qu’ils ont été rendus sourds à tout par les bruits de l’époque et leur caisse de résonance, les réseaux sociaux.
N’importe qui peut brandir le livre de Di Nota pour soutenir que Paty a été « lâché ». La preuve, lorsque Sonia Mabrouk interroge le ministre de l’Éducation nationale, Jean-Michel Blanquer (Europe 1, 25 octobre 2021), elle reproche aux rapports de parler d’« erreur » en invoquant le livre de Paty. En réponse, Blanquer lui balance que la principale a accompagné le dépôt de plainte de Paty, qui avait au préalable été contacté par l’Inspection d’Académie. Ô nuances ! Personne n’a enquêté comme je l’ai fait, par seule crainte de donner, même un peu, tort à Paty. C’est comme le complotisme sur le 11-Septembre, les universitaires à la Di Nota n’osent vraiment aller à fond dans l’analyse de l’Événement de peur d’« excuser » Ben Laden et de justifier le terrorisme en général.
     « Est-ce que c’est moi qui suis devenu idiot ou est-ce qu’ils sont tous devenus des idiots ? » m’interroge-je parfois, en paraphrasant la question citée par Nabe dans son interview pour Oumma.com (26 mars 2012). Quand les premières interviews de Di Nota sur son livre sont apparues, j’ai eu un doute : si je m’étais trompé quelque part ? Il avait l’air si sûr de lui et les journalistes le laissaient parler sans le contredire. Lui et moi avons travaillé sur les mêmes sources, trouvées sur Internet, cet endroit où cohabitent les preuves de la vérité et le discours anti-vérité. Mais il y en a un qui a des obsessions ridicules qui trouvent un écho dans la société qui l’accueille et l’accepte, même s’il ment, et un autre qui a toujours été attaché à la vérité, ce qui lui vaut d’être pris pour un fou et en pitié par ses propres amis lors de soirées tout à fait privées où je (car il s’agit de moi) me croyais suffisamment en confiance sur ce sujet pour pouvoir m’exprimer librement… Hélas, je n’ai trouvé dans mes « meilleurs amis » que des ordures perdues dans l’idéologie… Qu’ils aillent se faire foutre ! Il fallait bien que quelqu’un se dévoue avec sa fronde pour abattre et décapiter Goliath Di Nota, géant de connerie ! C’est moi David désormais, et c’est chose faite, maintenant.

« Docteur Marty »

À RELIRE :

Lettre ouverte à une tête de con : https://nabesnews.com/lettre-ouverte-a-une-tete-de-con/

Chronologie de l’affaire Paty : https://nabesnews.com/chronologie-de-laffaire-paty-par-docteur-marty/

PORTFOLIO :

Audrey Fouillard (ici en 2018), la principale accusée à tort
par David di Nota de n’avoir rien fait pour Samuel Paty…

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David ni Nota à L’Heure des pros

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David di Nota chez André Bercoff à Sud Radio

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Les amis aux culs bien léchés de David di Nota

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David di Nota en pleine compassion

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Les escrocs intellectuels se suivent et se ressemblent

*

Même la sœur de Paty n’est pas d’accord

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Comme c’est bien dit !

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David avec la tête de Goliath par Caravage (1607)