samedi 11 septembre 2021
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Actualités brûlantes et nouvelles fraîches de Marc-Édouard Nabe

Hitler’s News
par Marc-Édouard Nabe

Ça y est ! Ils l’ont fait, et mal fait. La réédition (850 pages), si on peut oser appeler ça comme ça, de Mein Kampf d’Hitler est parue aux éditions Fayard.

L’entreprise est menée par un groupe de croque-morts avec à sa tête le thanatopracteur Florent Brayard et la taxidermiste Sophie de Closets. Hasard complet bien sûr que Sophie soit la fille de François de Closets, figure journalistique soporifico-amphigourique capricornière de la télé de grand papa et qui, à force de « bon sens », se laisse de temps en temps déborder par ses relents d’une bonne droite bien à la française qui évidemment n’a rien à voir avec le nazisme… Pas plus nazie, sa mère, à la Sophie, Jannick Jossin, une louve dans le genre de Catherine David (la mère de Raphaël Enthoven) et qui a sévi comme chienne de garde, soi-disant anti-antisémite, d’abord au Nouvel Obs dans les années 80, puis à la télé dans les années 90 avec Philippe Tesson.
     Ce beau monde immonde d’universitaires, d’historiens, d’éditeurs donc, de journalistes complices, de bibliothécaires, de libraires ont mis des années à faire accoucher l’année 2021 de ce livre monstrueux, pour le coup, bien plus que Mein Kampf ne l’avait été : Historiciser le mal. C’est le titre ! Surtout ne pas citer le nom de l’auteur ni celui du livre qu’on réédite, caca ! Mein Kaka ? C’est unique dans l’histoire de l’édition et de la réédition. En ce sens, ce troupeau de défigurateurs ne pouvait pas mieux rendre hommage à la spécificité de l’ouvrage d’Adolf. Pire qu’un bâton merdeux, ils n’ont pas su pendant plus d’une décennie de pinaillage, comment toucher à la chose. En se chargeant de la traduction, Olivier Mannoni a pris le bout qu’il estimait le plus cradingue, et se l’enfonça profondément dans le cul à coup de dictionnaires : le langage d’Hitler !
     Je veux bien croire que l’édition célébrissime aux Nouvelles Éditions Latines de Mein Kampf (1934) avec sa couverture orange et ses lettres gothiques, connue de tous, n’était pas intégrale et sans doute fautive dans sa traduction… L’ouvrage sans cesse commandé et vendu (c’est un des deux hits chez chapitre.com) méritait une nouvelle édition, mais pas comme ça. Pas avec cette bassesse qui en dit long sur la fascination maquillée en mépris digne et plein de sens de l’honneur pour un livre qui en plus n’avait aucunement besoin d’être réédité : une nouvelle traduction également disponible sur Google, et gratuite, remplaçant celle qui est déjà en ligne aurait suffi… Mais non, pour le monde de l’édition, c’est un combat (c’est le cas de le dire) contre Mein Kampf qui est le moteur de la ressortie du même livre. En outre, ça les a amusés, sans doute, ces pignoufs gris de présenter le bloc à la façon du Talmud ou de la Torah, avec des commentaires en marge, censés éclairer les fautes et la médiocrité du rédacteur pas encore Führer en 1923 dans sa prison de Landsberg. Histoire finalement qu’on ne lise pas le texte ! C’est ça, « historiciser » ce qu’ils appellent « le mal », comme s’il n’y avait eu qu’un seul mal dans l’histoire de la terre : Hitler ! On voit qu’ils n’ont pas voulu relire la Bible qui en regorge, de mal.      Historiciser la Bible, ça avait déjà été fait d’une certaine manière par le même genre de cathos bourgeois et snobs en 2018, chez Bayard cette fois : un groupe de scouts-écrivains se croyant éclairés et se targuant de la retraduire, d’en faire un « roman » ! Que des romanciers médiocres of course, mix de Pol et de Minuit : Jean Echenoz, Marie Ndiaye, Emmanuel Carrère, François Bon… Tous sous la houlette de Frédéric Boyer, ce Moïse moisi qui a toujours l’air de descendre du Mont Sinistre pour nous les briser plus que l’autre les tables de la Loi !
     Bref, l’excuse avouée de l’équipe Fayard sur Mein Kampf, c’est d’avoir voulu démythifier le livre d’Hitler, comme s’ils pouvaient y arriver ! Même non-lu, Mein Kampf restera la bible (la revoilà !) du nazisme.  Leurs arguments, à toute cette bande, c’est qu’Hitler était tellement nul en écriture et son livre tellement raté et inintéressant qu’il fallait d’urgence essayer de le démontrer… En gros, sa propagande était si ignoble qu’il fallait en créer une autre pour marteler aux quidams tentés par la damnation qu’Hitler était un naze avant même d’être un nazi. Pour cela, ils n’ont rien moins que copié l’édition allemande, pour le coup tout à fait digne, elle, qui avait intitulé ça en 2016 « Mein Kampf, une édition critique » et dont, donc, les Français ont pompé entièrement le travail, rajoutant quelques introductions de précaution bien minables pour encore étouffer les répercussions possibles de cette bombe éternellement à retardement. Il s’agit de cacher ce qu’on fait semblant de montrer : c’est Lacan qui aurait dû écrire une préface à ce faux livre ! Déjà les 8 pages d’avertissement obligatoires et imprimées sur du papier vert que la Klarsfeld family a exigé que les Éditions Latines rajoutassent à leurs réimpressions constantes suffisaient à faire gerber.
     Mein… « Chut !… » par Personne (Fayard 2021), le livre qui ne veut pas dire son nom, coûte 100 euros. C’est tout ? C’est le prix des derniers exemplaires d’Une Lueur d’espoir, c’est 20 euros de moins que le Patience 4, et 150 de moins que les derniers exemplaires de L’Homme qui arrêta d’écrire ! Les mauvais rééditeurs s’empressent de dire que l’argent ira évidemment à Auschwitz, je veux dire au musée d’Auschwitz pour entretenir ce faux lieu de mémoire vidé de toute mémoire pour le plaisir des touristes ignorants. Encore une façon de se laver d’avance de toute accusation de mercantilisme. Est-ce que Sophie de Clozet et son vieux père réac sont allés à Auschwitz ? Pas pour en rapporter un Patience 3, aucun risque, mais juste pour voir de leurs yeux sales ce que c’est devenu ?
     Pour finir leur promo vomitoire, les Brayard and Co essaient de présenter leur daube historiciste comme un document salutaire prouvant que dès les années 20 s’annonçait, par la voix falote d’Hitler (toujours marquer la « faloterie » du personnage que pourtant toutes les archives publiques comme privées contredisent), le déferlement des fake news qui se produit aujourd’hui. Oui ! Hitler, selon eux, aurait écrit avec Mein Kampf une « matrice » du complotisme actuel, et on aurait dû le prendre au sérieux comme on devrait s’inquiéter des complotistes aujourd’hui. Bravo ? Non, car le complotisme d’Hitler, justement parce qu’il n’est axé que sur l’obsessionnel complot juif, est rendu par ce fait caduc et hors-sujet.
     En dehors de l’insistance louche des rééditeurs de Fayard à taper sur la nullité de l’écriture-même d’Hitler qui, entre parenthèses, ne s’est jamais prétendu écrivain, il y a un autre suspect acharnement de la De Closets à insister sur le fait que dans Mein Kampf, « il n’y a pas la Shoah qui est annoncée ». Comme si ça les dédouanait en quelque sorte de l’accusation qu’on pourrait leur faire d’avoir réédité une prévision, ce qui pourrait être pris pour une subliminale apologie de l’holocauste juif. Encore de l’amateurisme car la Shoah est bel et bien annoncée dans Mein Kampf. Je pensais avoir été un des seuls avec Claude Lanzmann à l’avoir remarqué mais le petit Arno Klarsfeld lui aussi l’a repéré et l’a même dit à la télé sans que ça n’émeuve personne. Il s’agit d’un mini passage où Hitler émet l’idée que si on avait mis les Juifs sous les gaz des tranchées de 14 à la place des soldats bons ouvriers dans le civil, l’Allemagne aurait gagné la guerre… Déjà les gaz sont là, et d’un regret de ce qui aurait pu être fait en 14-18, il va aboutir à ce qu’on pourrait faire en 39-40 pour ne pas avoir de regret…

Hätte man zu Kriegsbeginn und während des Krieges einmal zwölfoder fünfzehntausend dieser hebraïschen Volksverderber so unter Giftgas gehalten wie Hunderttausende unserer allerbesten deutschen Arbeiter aus allen Schichten und Berufen es im Felde erdulden muẞten, dann wäre das Millioneopfer der Front nicht vergeblich gewesen. 

Traduction : « Si vous aviez eu au début de la guerre et une fois pendant la guerre douze ou quinze mille de ces corrupteurs hébreux du peuple maintenus sous gaz toxique comme des centaines de milliers de nos meilleurs ouvriers allemands de toutes les classes et professions ont dû l’endurer sur le terrain, alors le sacrifice de millions au front n’aurait pas été vain. »

Marc-Édouard Nabe

Him par Maurizio Cattelan

Him par Maurizio Cattelan

Historiciser le mal, Fayard, 2021.