mardi 1 mars 2022
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Actualités brûlantes et nouvelles fraîches de Marc-Édouard Nabe

Le Nulletin Célinien
par Marc-Édouard Nabe

Marc Laudelout, le directeur du Bulletin célinien, n’a rien trouvé de mieux, dans son n°444, d’octobre 2021, en une note malveillante de bas de page à la fin d’un article insignifiant, que de chipoter sur notre entretien vivant et sublime avec « Vie Sublime » dans le dernier Nabe’s News au sujet de la découverte des manuscrits retrouvés de Louis-Ferdinand Céline. Laudelout pinaille comme toujours sur de microscopiques détails sans intérêt, et toujours par vexation, depuis la parution de mon Lucette (1995) où je me foutais de sa gueule dans un chapitre.


     Qu’est-ce que j’en savais, moi, si le Voyage première version manuscrite, fac-similée par les éditions des Saint-Pères, a été retranscrit par l’éditeur  québécois baisé par Gallimard qui lui a racheté en 2016 pour une poignée de queues de cerises à chiasse les droits des pamphlets qu’il avait republiés sur un coup de blizzard ? Laudelout n’avait qu’à me l’envoyer, en cadeau, son Voyage ! Il me doit bien ça pour compenser ses offenses successives, lui qui me fait parvenir jusqu’en Suisse ses petits mamours hypocrites griffonnés sur de petites cartes made in Folio-Gallimard, frappées de la couverture d’un Kundera !

     Déjà dans le compte-rendu-éditorial qu’il m’avait consacré dans le numéro du BC n°441 de juin 2021, Laudelout n’avait remarqué au cours de sa superficielle lecture de mes Porcs 2 (1104 pages) que ce qui concernait « son » Céline, et pour rectifier les 2-3 fautes de frappes ou de distraction oubliées par mon cher correcteur Tommy sur 2 millions 700 000 signes !… Oui, on sait que D’un château l’autre est sorti en 1957, et pas 1956. Oui, on sait que le docteur Camus n’est pas Henri Mahé, OK, j’ai interverti les deux cons, mais dans d’autres textes non, alors ? C’est tout, c’est bon ? Mon « pavé » pour Laudelout n’est qu’une succession de récits de « guéguerres picrocholines ». Monsieur y voit « trop de détails inutiles, trop de digressions répétitives, trop de dialogues oiseux ». Pauvre Laudelout !


     Finalement, sur Céline comme sur tout le reste, celui que j’avais surnommé « Lourdomou », n’est qu’un ramasse-miettes. Il passe à côté du pain énorme et croustillant qu’est un grand livre pour s’attacher uniquement à ce qui en tombe quand on ne sait pas le rompre.


     C’est le Nulletin célinien ! Tout est vu par le petit bout de la ferdinette. Laudelout n’est pas seulement un ramasse-miettes, c’est aussi un ramasseur de coquilles, comme le dernier des touristes-ploucs de la plage de Saint-Malo qu’on voit au loin, les jambes de pantalons retroussées, et pataugeant dans le sable à la recherche des débris qu’a laissés la marée en se retirant. Vite, reviens, ô marée, submerger cet imbécile !
     Dans son Bulletin célinien encore, mais dans le n°443 de septembre 2021 cette fois, quand on fait le bilan, on constate que la médiocrité de Laudelout et son mauvais goût, mais aussi sa servilité, l’amènent à citer positivement Riss (sic), le sinistre directeur de Charlie Hebdo, à toujours protéger l’horrible Henri Godard qui le fait trembler de crainte et d’admiration, et à se vexer que François Gibault ait fait le ménage dans leur petit cercle en chassant les fâcheux fachos comme lui, Laudelout, l’est à l’évidence, et belge en plus ! Il se réveille sur Gibault en 2021 ! Laudelout, au passage, aurait été un parfait modèle pour Baudelaire qui l’aurait décrit dans son pamphlet Pauvre Belgique ! « sortant d’un de ces longs sommeils si surprenants que tout Belge partage avec les ruminants ».
     Tout le Bulletin pue depuis 40 ans le manque d’intérêt et d’amour réels pour Céline et Lucette, et c’est de pire en pire. Tout est vu de l’extérieur. Mais c’est sur l’affaire Thibaudat que Laudelout est le plus craignos. Par exemple, il en veut au journaliste de Libé d’avoir conservé les manuscrits plutôt que de les avoir remis à… Henri Godard ! Celui-ci est plus pro ! Ben voyons… Godard qui, lui, s’est vexé que Gibault ne l’ait pas prévenu en prem’s de l’Événement. Mais je croyais qu’il avait jeté l’éponge, le pléiadeux ? Et c’est moi qui suis dans les « guéguerres picrocholines » ?… Ce n’est que ça dans cette écurie qui eût dégoûté Augias lui-même : des cabreries de vieilles carnes susceptibles, foireuses et mal ferrées !
     Dans son absence totale d’intelligence psychologique et de recoupements historiques, Laudelout affirme également que Thibaudat a les liasses de Céline depuis 2017 seulement, n’importe quoi, et qu’il s’est inventé une antériorité pour être encore « journaliste » et donc avoir le droit de garder le secret de ses sources. C’est la thèse mesquine de Gibault. Gibault / Godard, les maîtres du chien-chien Laudelout. Celui qui n’hésitait pas à souhaiter, il y a quelques mois à peine encore, la prison pour Thibaudat, suivant la ligne Gibault / Assous, multipliant les suspicions tous azimuts contre le seul à qui, au final, on devra le sauvetage de 6000 pages inédites de Céline. Laudelout, c’est la chèvre qui surveille l’herbe des autres qu’on l’empêche de brouter… Pas touche au pré carré de mes messieurs Seguin (Gibault, Gallimard, Godard, etc.) !
     Mais soyons justes, comme d’habitude. Toujours dans son Bulletin d’octobre, Laudelout, continuant d’entasser les pièces au dossier de l’affaire des manuscrits, a reproduit, hélas pas en fac-similé (c’est nous, à Nabe’s News, qui nous en chargeons), l’article de Jean-Pierre Thibaudat sur l’Église paru dans le Libération du 10-11 octobre 1992. Moi-même, je l’avais oublié, et c’est une bonne balle dans son pied de cochon que se tire là Laudelout ! Car en lisant Thibaudat, on s’aperçoit que c’est évidemment cet article-là qui a déclenché la remise des manuscrits, comme nous l’évoquions déjà dans le Butin célinien, donc vers fin 1992, ou disons début 1993. On s’aperçoit également à cette occasion que Thibaudat n’est pas du tout le non-célinien qu’on a dit. Il s’y connaissait pas mal déjà en 1992 et on s’en était encore aperçu davantage dans le numéro précédent du Bulletin (n°443, septembre 2021), où ce couillon de Laudelout a publié, sans en mesurer l’importance, une autre pièce précieuse : le portrait-interview de Lucette que Thibaudat avait rédigé dans le numéro même où il a fait sa recension de L’Église ! C’est cette conjonction entre la critique dramatique et la visite à Lucette qui a fait tilt dans l’esprit du mystérieux donnateur, jusque dans la condition qu’il posera à Thibaudat de ne pas remettre les manuscrits à Lucette. Mais j’irai plus loin encore plus tard, et dans cet article même.

     J’ouvre une parenthèse, et de taille. Quand la Véronique Robert-Chovin répète comme un perroquet qui ne sera jamais Toto : « Lucette n’arrêtait pas de dire “ après ma mort, des choses vont réapparaître…” », ça n’intrigue personne… Comment Lucette pouvait-elle savoir que des manuscrits ressortiraient à sa mort ? Mais parce que Thibaudat avec qui elle avait sympathisé (en octobre 92) le lui avait dit, voyons ! Elle était même d’accord avec lui pour ne pas en « profiter » car elle savait qu’ils étaient entre de bonnes mains avec Thibaudat. Moi je lance cette hypothèse !… Quand quelqu’un de la filière Rosembly refile les manuces à Thibaudat avec l’injonction d’attendre la mort de Lucette, Thibaudat, sachant depuis sa rencontre récente avec elle qu’elle n’est pas du tout la « facho » que croyait le détenteur et sans doute lui-même, et ravagé de scrupules comme il l’est, va… le lui dire !… Peut-être lui en a-t-il montré des bouts ? Soulagée que les textes soient sauvés, Lucette, la connaissant, a très bien pu lui dire, espiègle et amusée : « Faites comme le donateur veut : après ma mort ! » C’est une entourloupe à Gibault et à Véronique, une vengeance a anteriori de leur trahison prévisible, et une punition à Gallimard pour que ça paraisse le plus tard possible, afin que tous les ruffians de son entourage ne s’enrichissent pas ! Lucette savait que Thibaudat allait bien s’en occuper et en même temps elle obéissait à Céline comme pour les pamphlets au cas où il y aurait des trucs dans ces nouveaux manuscrits ressurgis qui la mettraient en danger. Facétieux pied-de-nez posthume ! Il faut l’avoir bien connue pour trouver ça hyper plausible. Lucette prévoyait qu’elle pourrait un jour devenir « gâteuse » ou impotente au point de se faire baiser par Gibault et les autres pour signer des autorisations pour les pamphlets. C’est donc en prévoyance de son incapacité future à réagir aux turpitudes et ayant-droiteries des malfaisants qu’elle a mis à l’abri, programmatiquement, pour après sa mort, les manuscrits retrouvés par Thibaudat. Fermeture de la parenthèse, lourde comme une porte d’église, je sais…

     Tout ça prouve d’abord qu’il y a eu beaucoup d’espace donné à Céline dans ce numéro de Libération du week-end du 10 et 11 octobre 1992. Et ensuite, qu’à la lecture du récit de cette montée à Meudon, on constate que Thibaudat est plus que bienveillant avec la Reine-Fée de la maison de la route des Gardes, très bien décrite d’ailleurs, sans erreur, avec amusement et précision pour un journaliste « de gauche ». Toute la thèse d’un Thibaudat, sinon anti-célinien, déconcerné par le sujet et ayant des préventions politiques contre la danseuse et veuve du génie s’écroule. Personne n’a souligné que Thibaudat avait rencontré Lucette dès 1992 et que ce portrait, plus l’analyse de L’Église, en grand dans Libération, ont bien sûr incité celui ou celle que nous pensons être des proches ou des descendants d’Oscar Rosembly à contacter le journaliste pour lui remettre les sacs de manuscrits que ce voleur béni d’Oscar avait conservés depuis 1944 et qu’il avait transmis aux siens avant de mourir (en 1990). Tout ça évidemment passe très haut au-dessus des petites têtes de Laudelout et de ses copains ignorant tout, non seulement de la psychologie célinienne, mais de celle des vrais lecteurs et acteurs de l’œuvre.

     Il faut travailler, Laudelout ! C’est-à-dire lire entre les lignes des articles des autres, mais sans les boucher comme des artères par les caillots de ta névrose. Par exemple, celui de Jérôme Dupuis dans Le Monde (« Manuscrits retrouvés de Louis-Ferdinand Céline : l’enquête pour “recel de vol” classée sans suite », 19 novembre 2021), et ceux de Guillaume Gendron dans Libération (« Dans les manuscrits retrouvés de Céline, une annexe nauséabonde » et « Manuscrits inédits de Céline : ce que révèle l’enquête », 27 novembre 2021 ; « La Justice ne donne pas le bout de l’énigme », 29 novembre 2021).

     On apprend des tas de choses dans ces trois articles, mais qui les a lus vraiment ? Par exemple, et en vrac, qu’il y a dans le butin 5316 pages très exactement, et qu’il n’y a pas que des pinces à linge qui les gardaient attachées ensemble, mais aussi des trombones rouillés. Ô trombones rouillés ! Que toutes ne sont pas des feuilles de papier épais, mais des « pelures » que les vrais céliniens connaissent bien par des reproductions dans d’anciens livres, c’est-à-dire des doubles carbone dont Céline se servait en appuyant douloureusement au bic sur ses manuscrits pour constituer directement des copies destinées à sa secrétaire Canavaggia. Excusez-le, il n’y avait pas de photocopieuse disponible dans la première papeterie venue du bas Meudon, et Céline ne savait pas plus que moi faire fonctionner une imprimante qui de toute façon n’existait pas dans les années 50 ! Passons sur l’allusion aux « rongeurs », responsables des « lacunes » de certains feuillets (ce qui tendrait à prouver que les liasses étaient entreposées dans une cave ou un grenier). Mais le plus intéressant, ce sont les bribes de propos et de points de vue de Thibaudat lui-même qui passent à travers les articles de Dupuis et de Gendron. Même si la conclusion de ce dernier n’est pas absolument convaincante, Gendron a raison d’évoquer la réticence de Thibaudat à restituer les manuscrits à Gibault et Véronique Robert-Chovin, car il craignait qu’ils en cachassent (ou détruisissent) des passages antisémites qui auraient pu ternir l’image d’un Céline dont on voulait absolument, sur ce coup, ne retenir que le côté « romanesque ». Ce serait pour cette raison, et par honnêteté pour qu’on sache tout de Céline (ce qui apparaît bien dans son article après sa visite à Meudon en 92), que Thibaudat aurait rechigné à donner aux sales héritiers la masse du trésor.

     Sur la date de la remise, toujours dans ces articles parus dans Libé (décidément, excellente référence pour toute l’affaire), Thibaudat dit que les manuscrits lui ont été remis « deux décennies plus tôt, entre 1982 et 1996 ». Gaulé ! Malgré l’enfumage exprès conseillé par son avocat Pierrat auquel se livre là Thibaudat, il se trouve que comme par hasard, la date que moi j’avance (fin 92, début 93) est dans cette « fourchette ». Autre info, toujours de Thibaudat : la personne qui lui a remis les manuscrits était « à deux doigts » de les jeter à la poubelle. Trop encombrants, trop compromettants. Voilà pourquoi, même surpris, il n’a pas hésité à les accepter. Sur les poursuites judiciaires dont il a fait l’objet, Thibaudat, comme tout gauchiste, a une petite inclination vers le complotisme — mais qui sait ? — qui l’a fait soupçonner la fille de Véronique Robert-Chovin, procureure dans le Sud, d’avoir conseillé sa mère de poursuivre, avec l’aide de Gibault et Assous, Thibaudat comme ignoble receleur. C’est, au passage, comme ça que Laudelout et ses sbires tristes l’appelle : « Le receleur » (alors que, par ailleurs et évidemment, on ne trouve jamais rien de négatif sur la Chovin dans le BC).
     D’ailleurs et à propos d’elle, connaissant personnellement Véronique depuis presque 30 ans, je confirme l’impression négative qu’en a eu d’emblée Thibaudat, fin psychologue. Il raconte qu’il a tout de suite vu qu’elle exerçait une influence désastreuse sur Gibault-le-faible, que c’est elle qui a employé aussitôt les mots juridiques de « vol » et de « recel » : « La dame a d’abord dit qu’elle voulait examiner les documents, j’ai compris qu’elle voulait soit dissimuler, soit vendre un certain nombre de choses… » Bingo, Jean-Pierre ! Voilà très exactement pourquoi Thibaudat voulait faire don des inédits à une fondation, pour les protéger, tout en trouvant normal qu’ils soient ensuite publiés chez Gallimard. Et s’il s’est proposé gentiment de se charger de l’édition scientifique, c’est qu’il se jugeait à juste titre le plus compétent, après près de 28 ans de travail dessus, pour en superviser la retranscription la plus parfaite possible. Mais les autres l’ont jeté comme un vulgaire voleur. L’officier de réserve Gibault François en répondra, croyez-moi, devant le Tribunal militaire de Dieu !
     C’est Dupuis, cette fois, qui révèle que ces salauds d’Assous et Gibault « ont fait éplucher par la police plus de 6000 appels de Thibaudat pour vérifier s’il n’avait pas eu de contact avec les descendants de Rosembly. » Ça l’a beaucoup meurtri, tous ces soupçons de flics et tous ces articles de journaleux contre lui, dans le Nouvel Obs, par exemple… Plus j’en apprends sur lui ou de lui, plus ce Thibaudat m’est sympathique ! Dupuis m’a dit qu’il était parti pour Bagdad pour un festival de théâtre (pour être juré). Ce qui m’a donné l’idée suivante : Thibaudat fait savoir qu’il ne peut pas voyager sans un de ses Céline (Voyage au bout de l’Irak !). Il emporte dans ses bagages un tirage papier du Roi Krogold retranscrit par lui ; il le met dans une sacoche puis sur place demande à un petit Bagdadi, contre backchich, de lui piquer sa sacoche en pleine rue et de courir dans un cyber café sur les bords de l’Euphrate pour y scanner chaque page et balancer le tout sur Internet ! Abracadabra ! En quelques minutes, le texte inédit de Céline se retrouve libre de circulation partout ! Thibaudat victime d’un vol porte plainte. Trop tard.  Baisés, les hyènant-droits !

     Autre détail, toujours fourni par Jérôme Dupuis, et c’est par Thibaudat qu’il a l’info : le donateur des manuscrits est toujours vivant à ce jour (2021), ce qui veut dire que ce n’était pas la fille de Rosembly, Marie-Luce… Encore une bévue de Véronique qui croyait que, parce qu’elle, la Carpe, avait téléphoné en Corse à Marie-Luce en 2017, c’était elle, Marie-Luce, qui avait, à cette date, encore les manuscrits en sa possession : faux, évidemment. Elle n’avait rien, quelques photos peut-être… Son père avait fourgué le tout à d’autres (qui le donneront à Thibaudat). La buse Brami, comme beaucoup dans cette bande de guignols, ne « croit pas » à la piste Rosembly. Émile Brami mélange tout, lui, il « croit » qu’en août 44, une fois la capitale libérée, c’était encore l’époque des couvre-feux à La Traversée de Paris comme pendant l’Occupation, avec des porteurs de valises et tout, et que c’est donc impossible que Rosembly se soit baladé si chargé à la vue de tous… Fantasmes, clichés, « bulles » de « bienheureux frustres crottés » dirait Céline ! De « brutes béates »… C’est marrant, d’ailleurs, les céliniens se croient exclus des piques cruelles et des diatribes moqueuses dont Céline les a chargés en avance ; ça ne les concerne pas puisqu’ils sont « céliniens » ! Rires… Heureusement, c’est Rosembly ­— plus conscient que le premier FFI débile venu de ce que ça valait — qui a chipé tout ça, et comme à Thibaudat plus tard, on lui saura gré de pas avoir voulu en tirer le moindre fric non plus.
     Quant au contenu du trésor de la rue Girardon lui-même, malgré une volonté d’enfonçage anti-antisém’ de Céline par le journaliste de Libé, il apparaît dans l’article de Gendron une autre volonté, celle de dresser un inventaire autrement plus précis que celui du Bulletin célinien de tout qui se trouve dans la masse des liasses : des fascicules sur le Plan juif, et des exposés de propagande sur Les Protocoles de Sion « authentifiés », ce qui ne surprendra aucun vrai connaisseur de Céline s’étant déjà plongé dans les sources de Bagatelles. Mais aussi, « plusieurs articles » d’Armand Bernardini, un idéologue pétainiste et anthropologue racialiste, auteur d’un Précis d’onomastique judaïque, brochure d’une soixantaine de pages qui devait être publiée par Denoël, sans doute dans sa collection « Les Juifs et la France » – où déjà Rebatet avait sorti son Les Tribus du cinéma et du théâtre (1942) –, et dont, nous révèle toujours Gendron, Céline avait rédigé la préface !… Où est donc passée cette putain de préface à ce Précis d’onomastique judaïque par Bernardini ? Se trouve-t-elle dans le butin, mais mise de côté par Thibaudat, pour la ressortir plus tard et la sauver ainsi du bûcher probable fagotté par la Savonarole Véro Robert et son Frère Cauchon Gibault ? Ou bien peut-elle être assimilée aux « cinq pages sur le manque d’entente entre antisémites français » listées également par la BnF lors de son inventaire officiel des manuscrits relayé par Gendron dans Libération ? Mystère et boule de pogrom… D’après Gendron toujours, il y a aussi, dans tout ce fatras sacré, « deux autres pages sur les femmes dans le judaïsme, intitulées Les charmes du Talmud, avec pour incipit : « Si le Juif est l’ennemi de l’humanité… » On veut la suite de la phrase !
     Mais le plus intéressant révélé dans le but, je ne suis pas dupe, de charger encore et encore Céline, est la mention de la présence dans les papiers sauvés de lettres à Brasillach ou de Brasillach (brouillons ou pelures ?), datées de mai 1939, après l’affaire du « Ferdinand se dégonfle », polémique dans Je suis partout qu’on connaissait déjà par la Correspondance, et qui ne semble surprendre personne que Céline les ait conservées… C’est toujours comme ça : ceux qui veulent nuire le plus à Céline rendent service à ses non seulement admirateurs, mais connaisseurs les plus pointus. Si ces missives de et à Brasillach sont bien là, ça corrobore l’idée que, sans tenir le « Congolais Brasillach » tel qu’il l’appellera après son exécution en 45, dans une grande estime, Céline était au début de la guerre très attentif à l’activisme collaborationniste de la tapette à lunettes ! J’aimerais bien fouiller moi-même pour voir s’il n’y a pas des lettres encore plus « récentes », datant de l’Occupation même, ce qui ne m’étonnerait absolument pas… Oui, Céline s’intéressait à Brasillach dans les années 40 au point de garder des lettres échangées avec lui. Pourquoi ? Et c’est là que je vais répondre.
     Laudelout ­— j’y reviens — a beau voir de se gausser que dans mes Porcs 2, Tommy, mon correcteur, n’ait pas vérifié qu’en effet, c’est Doriot qui portait l’uniforme nazi, et pas Brasillach, il n’empêche que sans uniforme, mais en imperméable blanc, c’est bien Brasillach qui a fait le voyage en Allemagne en 1943 !… Et cela va me donner l’occasion d’enchaîner sur la seconde partie de ma démonstration qui est tellement énorme que je préfère en faire un texte à part. Accrochez-vous bien comme dans une montagne russe à la Foire du Trône, car ça va secouer : on bascule dans un nouvel article !

Marc-Édouard Nabe