mardi 1 mars 2022
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Actualités brûlantes et nouvelles fraîches de Marc-Édouard Nabe

Le Terroriste des Lettres
par Jules

La réputation est faite. Rien ne parviendra à la modifier aux yeux, je ne dirai pas du grand public qui n’a, bien entendu aucune idée de qui Marc-Édouard Nabe peut bien être, mais de tous les autres. Ceux qui se piquent de littérature, les dissidents et les spécialistes de la dissidence, les chiens de garde du monde médiatique, les militants antiracistes et autres vigies de la Société en tous genres. Ils en sont convaincus. Nabe est une merde. Il possède toutes les tares : nazi antisémite, misogyne, homophobe, réactionnaire, pro- terrorisme islamique… Je ne reviendrai pas sur les premières accusations mais sur la dernière. Ceux qui aiment – ou ont aimé – sa littérature savent bien qu’il n’est pas le monstre que l’on prétend et que la plupart des épithètes qui lui sont accolées sont bien souvent grandement exagérées.

     Mais pro-terroriste, on dirait que ça choque plus encore. Défenseur d’Al-Qaïda, amoureux du Hamas, adorateur du Hezbollah, thuriféraire de Daech, bref, grosso modo, un bandeur de terroristes dès lors qu’ils portent une barbe et crient « Allah Akbar ». N’en jetez plus, la coupe est pleine ! Même pour certains de ses « fans », c’est trop ! Ils l’aimaient bien avant le 11 Septembre quand il était encore un écrivain et qu’il attaquait la société depuis Bloy et Bernanos. Mais depuis qu’il s’en prend à elle en faisant l’Apologie du Terrorisme, non, c’est trop. Il faut savoir raison garder et dans les rangs rentrer. Quand la France Eternelle et ses Valeurs Actuelles sont attaquées, il est du devoir du Citoyen de la défendre vis à vis de ces arriérés qui veulent y instaurer la Charia.
     Il s’agit cependant d’être honnête. Nabe est un anticolonialiste, contre le principe d’ingérence, et pour les droits des terroristes/résistants à reconquérir leur terre. Une partie de son œuvre post 11/09 consiste en un travail pédagogique et laudateur des diverses mouvances qualifiées de terroristes. Seulement, en acclamant Ben Laden, Nabe a prouvé une fois de plus qu’il n’était qu’un enfant gâté, un salonnard qui ne sait rien du monde réel, de l’Orient, de l’Islam, juste un petit provocateur qui veut choquer le bourgeois, frissonner au contact du Mal, et continuer de se prendre, au fond, pour son idole de toujours, Louis-Ferdinand Céline, époque réprouvé de tous.
     Et pourtant… Nabe n’est pas un apologiste du terrorisme et son œuvre est d’une cohérence totale depuis ses débuts. J’écris cette phrase presque découragé car je sais que ça ne sert à rien. Ne seront convaincus que ceux qui veulent l’être ou qui le sont déjà. Les autres s’y refuseront, par mépris, haine, indifférence, ou simplement parce qu’ils seront profondément et sincèrement convaincus du contraire. Même le Christ n’a pas converti tout le monde. Alors moi, vous pensez bien !…
     Je ne commencerai pas par le début mais par le « milieu ». La grande scission. La rupture entre l’avant et l’après dans l’œuvre de Nabe et dans le monde : Le 11 septembre 2001. Je ne vais pas rappeler à mes quelques lecteurs ce qui s’est passé ce jour-là, je doute que ce soit nécessaire…
     Deux livres de Nabe orbitent autour de cette date. Le roman Alain Zannini, écrit avant mais publié après et l’essai Une Lueur d’espoir, écrit un mois plus tard. Bien que ces deux livres aient des sujets différents, ils partagent néanmoins un trait en commun : la conviction que quelque chose doit changer. La situation ne peut pas rester telle qu’elle était auparavant. Pour synthétiser, dans Alain Zannini, il s’agissait du rapport à l’identité et dans Une Lueur d’espoir, de celui au monde.
     Son roman aboutissait au constat que le Journal Intime, sa première œuvre monumentale avant Les Porcs, devait toucher à son terme. La temporalité du journal, ainsi que celle de son écriture, créait une dissociation que Nabe n’était plus en mesure de supporter. « L’écriture ne reflète pas du tout mon état d’esprit présent, même au passé », écrivait-il. Nabe ne vivait plus que pour écrire ce journal et n’était plus perçu par les autres que via celui-ci. Le roman jouait d’oppositions, entre passé et présent, réel et fiction, christianisme et panthéisme grec, jusqu’à une « fusion » finale, et la création d’une nouvelle identité apaisée. Pour retrouver sa liberté, pour ressusciter –  car la résurrection est un motif essentiel de l’écriture nabienne – Nabe devait se libérer du journal, en sortir. Et puisqu’il ne fait jamais rien à moitié, il le brûla.
     Hasard des circonstances ou Providence, à vous de choisir, au même moment, le monde entra aussi, par l’action de dix-neuf djihadistes, dans une nouvelle ère : « Monsieur Oussama Ben Laden a la joie de vous faire part de la naissance du troisième millénaire, né le 11 septembre 2001. La mère se porte mal. » écrivait Nabe dans Une Lueur d’espoir. Cet essai-pamphlet, en plus d’être une charge contre un Occident décrépi vulgaire et puant, de fric, cynisme et divertissements débiles, était la prise de conscience immédiate par l’écrivain de ce que représentaient ces attentats : la mort de tout un monde et l’entrée dans un nouveau.
     Et quand je dis immédiat, je n’exagère pas. Cherchez sur Internet la vidéo montrant Nabe, filmé le jour des attaques, et mettant en place les éléments de ce qui sera son premier chapitre : une récitation de l’Apocalypse devant les images télévisées des tours en flammes. Soit dit en passant, ce début apocalyptique d’Une Lueur…, en plus d’interpréter le 11 septembre dans une perspective eschatologique, établit une filiation directe avec Alain Zannini qui se déroulait à Patmos sur les traces de Saint Jean. Quand je vous dis que Nabe est cohérent !
     Mais revenons-en à nos moutons noirs. Les djihadistes ont abattu les Tours, et avec leur effondrement, une ère d’insouciance pour être gentil ou d’indifférence nihiliste pour être méchant, a pris fin. Comme je l’ai écrit plus haut, la résurrection est cruciale dans la littérature de Nabe. Toute mort est l’occasion d’une renaissance. La lueur d’espoir c’était ça : la possibilité pour l’Occident, après s’être fait pénétrée par l’Islam combattant (la métaphore sexuelle est dans le livre) de tourner le dos à sa quête effrénée d’échappatoire à la réalité et de renaître. De fuir cette télé réalité naissante et cette autofiction vieillissante pour réapprendre à regarder la réalité du monde dans les yeux avec le constat terrible que cela implique : notre civilisation en détruit une autre, l’insouciance de notre peuple se fait en partie sur l’écrasement d’un autre. Il y a du Mal dans notre mode de vie.
 
     Inutile de préciser que cet espoir n’a pas été du goût de tout le monde. Au niveau global, campagne d’Afghanistan (succès phénoménal), guerre en Irak (triomphale), islamophobie généralisée et institutionnalisée (qui l’eût cru ?) puis montée du conspirationnisme (mensonge !)… Pour ce qui est de Nabe, si ce livre a été, je crois, son plus grand succès de librairie, il a terrorisé beaucoup de ses lecteurs qui l’ont considéré mort pour la littérature mais fin prêt pour le Djihad ! Quant aux autres, les intellectuels, les éditorialistes etc., ils sont restés fidèles à eux-mêmes et ont considéré de Nabe ce qu’ils ont toujours considéré de lui : qu’il n’était qu’une raclure d’extrême-droite.
     Ça m’évoque une vidéo touchante où l’on voit Nabe et Frédéric Taddei, la nuit, dans un bar. Les deux amis discutent et le présentateur de Paris Dernière explique grosso modo qu’il n’a pas envie de renoncer à un iota de son mode de vie et qu’il est normal d’aller casser la gueule aux terroristes. Nabe lui explique alors qu’un jour, ils ne seront plus dans le même camp, que lui continuera d’être fidèle à sa vision du monde mais que Taddei, lui, finira par modifier la sienne, pour continuer à s’aveugler et vivre insouciamment.
     Après 2001, nombreux sont ceux qui allaient changer, pour le pire, tout en ayant le culot d’accuser Nabe d’être le vendu, le traître à la cause, le « renégat ». Les Porcs est cette analyse en profondeur de ce que les Attentats (et Internet) ont fait aux êtres et à leur âme.
     Une Lueur d’espoir entrevoyait déjà cette quasi-impossibilité pour toute une frange de la population de se remettre en question : « Il y a les terroristes et puis les terrorisés. Les terrorisés n’ont pas l’air comme ça, mais il en font des dégâts, eux aussi ! […] Les plus cyniques font semblant cinq minutes de comprendre la frustration exacerbée de l’Orient parvenue à saturation. Mais ils achèvent très vite en professant un protectionnisme égoïstisssime. »
     Comment faire donc, quand l’on s’appelle Nabe, que l’on veuille réveiller les gens de leur torpeur mais que personne n’écoute parce qu’ils sont tous trop occupés à ronfler ? On les envoie chier ? On persiste ? On surenchérit ? Les trois !
     En 2003, Nabe part en Irak au début de la guerre puis revient avec un roman : Printemps de feu. La France commence à en avoir marre de ces histoires d’Arabes et de musulmans ? Tant pis ! Il les fait revenir dans un roman entre le rêve et l’horreur. Il raconte leur quotidien, leurs préparations à la guerre, leur humanité… Mais la France s’en branle… à un point… Une imbécile de critique, Nelly Kaprièlian donc, ose carrément émettre l’hypothèse qu’il n’a pas voyagé en Irak !
     Pas grave, Nabe persévère dans La Vérité (2003-2004) puis J’enfonce le clou (2004). Il va continuer à les raconter ces histoires d’Arabes et de musulmans mais désormais, il va s’attaquer plus frontalement à cette culture qui ne fait plus correctement son travail, ou plutôt qui le fait trop bien. Et puis, il va être plus pédagogue. Il écrit donc une préface qui explique le lien qui existe, de tous temps, entre les terroristes et l’artiste, mais aussi pourquoi il faut terroriser la culture; il écrit un texte qui explique le terrorisme (Intelligence du terrorisme); un autre sur pourquoi un certain Occident doit accepter sa mort (Crève Occident !) ; encore un autre sur l’art et le 11 septembre (Le 11 septembre de Mallarmé), etc.
     Trêve de présentations : il est temps d’une petite rafale de citations pour expliciter tout ça :

Dans J’enfonce le clou, la préface :

  • « Le temps des discours est fini, la parole est à la dynamite. » – Ravachol
  • « Comment se fait-il qu’un artiste se sente aujourd’hui plus proche d’un poseur de bombes que ne n’importe quel intellectuel ? »
  • « L’évolution naturelle pour un artiste, c’est le terrorisme. Chaque écrivain doit trouver la forme pour terroriser… Quoi ? La Culture, bien sûr ! D’abord et avant tout… »
  • « La culture, c’est la mort. »
  • « La culture, c’est la société qui s’organise pour vider les œuvres d’art de leur substance »
  • « La culture voulait la peau de l’art, mais grâce au 11 septembre, elle vient d’échouer dans sa tentative d’assassinat. »
  • « Les écrivains pensent que c’est se déshonorer que de s’intéresser à l’actualité. »
  • « Fénéon devint pointilleux sur la mission de l’artiste. D’après lui, elle ressemblait trop à celle du terroriste pour qu’un jour les deux ne se confondent pas. « La fonction du terrorisme est de sortir nos contemporains de la torpeur » disait Fénéon. »
  • « Foi, ténacité, imagination, courage, justice, poésie. Oui, définitivement, le terrorisme a remplacé la littérature. C’est en lui que se trouve désormais la seule littérature vivante. »
  • « C’est peut-être à ça que va servir tout l’art merveilleux accumulé au XXe siècle : à comprendre la réalité du XXIe. »
  • « Il suffit qu’un écrivain de fiction se penche sincèrement dans « l’étude », comme dit Dostoïevski, de l’actualité pour que cette actualité devienne à son tour une fiction… »
  • « Moi, je n’écris pas dans Le Monde, j’écris dans le monde, au fond de lui, pour lui, avec lui, grâce à lui…»

Dans Crève Occident ! :

  • « L’Occident tel qu’il est devenu, tel qu’il a voulu devenir, fait preuve à chaque instant d’une indécence folle. »
  • « Je suis même, en tant qu’artiste, un des fruits de cette civilisation, mais je me refuse à défendre l’Occident en tant que tel uniquement parce qu’un jour il a été grand. »
  • « L’indécence vient aussi de ce qu’on ne se demande jamais quelles sont les raisons du terrorisme. Tout acte terroriste, et parmi les plus récents, a une explication claire, lumineuse, incontestable et tant qu’on se servira de la condamnation des actes terroristes pour mieux ignorer les raisons qui le sont fait naître, ils perdureront. »
  • « Je suis parti pour ça aussi, pour fuir les écrivains, et plus généralement la culture. »

Dans Le 11 septembre de Mallarmé :

  • « Aujourd’hui, l’ennemi n°1, ce n’est pas le terrorisme, c’est la culture. Je pense même que le terrorisme au fond se bat contre la culture. »
  • « un certain art est mort le 11 septembre 1898, pour laisser place à plus d’un siècle de culture ! On attendait un second 11 septembre pour tuer à son tour la culture : il a eu lieu en 2001… De la mort de l’Art à celle de la Culture. »
  • « C’est l’espoir qu’un nouvel art reste possible, un art déculturé. »

Dans Intelligence du Terrorisme :

  • « C’est ça qu’a inventé Ben Laden : l’attentat intelligible »
  • « Si toutes ces actions étaient remises dans un contexte historique digne du combat des résistants contre les nazis pendant la Deuxième Guerre mondiale, tout le monde les trouverait très justes. »
  • « Qu’on me trouve un seul attentat animé par l’absurdité aveugle et la haine pure pour «l’autre», par l’intérêt ou la rancœur, autant de sentiments qui définissent parfaitement la mentalité occidentale. »
  • « Quand l’indifférence sera vaincue, le terrorisme sera jugulé. »
  • « Donner la parole à celui qui ne l’a pas, ça le vie de toutes ses rages. C’est magique ! On n’a plus envie de poser une bombe grosse comme le cœur si on a l’occasion de dire enfin tout ce qu’on avait dessus »

     Je vais arrêter le défilé des citations mais elles permettent, j’espère, de saisir ce qu’est l’esthétique nabienne post-2001 au regard du terrorisme. Intégrer le terrorisme dans la littérature pour en créer une déculturée à même de combattre la Culture qui produit un accroissement de l’indifférence chez les êtres puis les fait souffrir de ne plus savoir comment ni où exprimer ce qu’ils ont de tapi au fond de leur âme. C’est pour cela que Nabe reste d’une cohérence totale, lui qui disait que « la culture était le préservatif de l’art ». Le temps est venu de faire exploser la capote. Jouissance libre ! Plus de prophylactique entre vous et Picasso, vous et la Réalité ! Laissez-vous guider par votre âme et votre instinct. N’écoutez plus les marchands de livres, ce n’est pas l’Art mais la Culture qu’ils défendent avec leur minable rentrée littéraire.
     Et c’est pour cela que si Nabe est un terroriste, c’est un terroriste des lettres, de la culture, cet « opium du peuple » (Le Vingt-Septième livre). C’est elle qu’il veut voir exploser, pas les corps. Comme pour le terrorisme, Nabe comprend qu’il faut frapper fort, vite, avec poésie, et là où on ne s’y attend pas. Son traitement de l’actualité sous formes d’articles lui avait permis de court-circuiter la longueur du processus éditorial en imposant sa plume tous les mois. Car, depuis le 11 Septembre, le Temps s’est accéléré, et l’artiste doit coller à cette accélération. Mieux encore, en étant fidèle au principe exprimé dans Intelligence du terrorisme – et qu’il allait reprendre de diverses manières dans les Éclats, ses retweets, Nabe’s News et ses livres – en donnant aussi la parole à ceux qui ne l’ont pas mais qui crèvent d’envie de dire quelque chose.
     Malheureusement, les trotskistes auront raison de La Vérité qui cessera publication et Nabe repassera par le livre pour approfondir sa vision globale d’un terrorisme d’actualités à l’égard de la France et du monde avec son recueil J’enfonce le clou. Articles sur le cinéma, Fourniret, Dutroux, le mariage homosexuel, Israël…
     Pourquoi vouloir attaquer la culture ? Parce que « fondée sur une méconnaissance de ce que c’est qu’une œuvre d’art, la culture est chargée par le pouvoir de paralyser toute création. On est passé de la mort de l’art à l’assassinat de l’artiste » comme Nabe l’écrit dans Le Vingt-septième livre (chiffre fétiche de l’écrivain) dans lequel il annonce que c’est fini, il arrête, il rend le tablier. En 2005, vingt ans après la publication d’Au Régal des vermines, Marc-Édouard Nabe affirme renoncer à la littérature.
     Rien de plus faux évidemment. C’est à la culture qu’il tourne le dos et non à l’art. La culture qui se met entre le lecteur et le livre, le spectateur et le film, pour lui dire quelles œuvres il a le droit ou non d’apprécier, et de quelle façon il doit les interpréter. Elle intime aux individus de ne plus écouter leur sensibilité, de ne pas suivre les impulsions de leurs goûts, trop dangereux pour une société qui ne veut que des moutons. La culture ne vise qu’à imposer un faux-artistique pour protéger la société d’une dérive d’un trop grand nombre d’Hommes libres. Et si c’est ce qu’elle fait aux simples individus, imaginez aux artistes !
     Il faut relire cette plaquette, et en particulier, les passages consacrés à Houellebecq (c’est-à-dire la quasi-totalité du livre) pour voir ce que la culture fait à un artiste lorsqu’elle l’absorbe. « Avant, tu avais une petite lueur dans l’œil qui montrait que tu jouais de ton aspect sinistre et refoulé », écrit Nabe à son sujet, avant d’ajouter : « Regarde-toi, un fantôme, un clone de toi-même… » et enfin, plus significatif encore : « On a l’impression que tu as vu l’enfer, c’est dans ton regard ». Une époque qui est morte ne peut produire qu’une culture morte. Et une culture morte tue les artistes. Hors de question pour Nabe de l’accepter ! Il doit fuir ce monde, s’exiler (autre motif grandissant dans son œuvre et ses interviews depuis Alain Zannini).
     Nabe ne renonce donc pas à l’art, au contraire, fidèle à sa méthode, il surenchérit. Il l’expliquait d’ailleurs au début des Porcs, à propos de sa lecture de Le Pen vous fait jouir devant un Dieudonné se moquant de lui en présence d’autres invités sur une péniche pour l’émission Tapage : « Il croyait m’avoir fait fermer mon clapet en m’ayant imité en train de lire mon texte, mais il ne s’attendait pas à me voir renchérir en hurlant plus fort encore, réduisant par là sa caricature à néant. Petite leçon de média, Dieud’ ! » Une surenchère donc, mais dans la cohérence : « Vu ce qu’est devenu le monde, j’estime qu’aujourd’hui ce qui est révolutionnaire, c’est de continuer à dire ce que l’on disait il y a vingt ans. […] Puisque c’est la société qui a changé (en pire), rester soi-même est une soi une évolution ! Décider de dire ce qu’on pensait et pense toujours est subversif. » (Le Vingt-Septième livre). Le propos reste identique, sublimer la réalité, transposer l’extase de la vie, attaquer la culture, mais la forme doit changer. En inventer de nouvelles, modernes, pour prendre correctement à bras. le-corps l’époque : voilà le nouveau combat de l’artiste exilé.
     Mais en attendant la bombe que sera l’anti-publication avec L’Homme qui arrêta d’écrire, le plus grand roman depuis Alain Zannini, l’heure est à la guérilla. La lutte doit continuer. Le monde de la culture doit être harcelé, laissé sans repos.
     Voici venu les temps des Tracts. Plus besoin d’aller les chercher au kiosquier, ils sont directement collés sur les murs. Et pour que le fond colle à la forme, chacun d’eux, de l’illustration, au titre, en passant par le texte, fait l’effet d’un bâton de dynamite : Zidane la Racaille, Et Littell niqua Angot, la freak Chantal Sébire affublée d’un bonnet de carnaval, un pamphlet-critique qui va à rebours de l’unanimité culturelle du film Indigènes… Autant d’explosions sur les murs de Paris, Marseille, jusqu’au Cameroun, Singapour et la Russie et qui, à voir certaines photos, ont été accueillis avec un état que l’on qualifiera pudiquement de circonspect Ses rares interventions télévisées, surtout sur le plateau de Ce soir (ou jamais) suivent aussi ce principe de terrorisme culturel. Sur des sujets explosifs (la mort de Ben Laden, l’Iran, l’Arche de Zoé) et au milieu d’invités souvent bien-pensants, Nabe, par son énergie, y insuffle une « circulation sanguine sur le plateau » comme le lui dit Rachel Kahn, tel qu’il le rapporte dans Les Porcs , qui fait dérailler le train trop prévisible du débat et de faire dire des choses qui n’auraient pas dû mais qui devraient être dites.
     Arrive enfin le premier roman anti-édité de Nabe en 2010. Je ne m’attarderai pas dessus, beaucoup a été écrit sur sa structure danto-joycienne, son écriture, son importance littéraire, etc. Je dirai simplement que l’Enfer dont le narrateur cherche à sortir, c’est entre autres celui de la culture et de tous ses cercles (jeu-vidéo, cinéma, art contemporain, littérature…). Rappelez-vous la citation du 27e livre à propos d’Houellebecq : « On a l’impression que tu as vu l’Enfer ». Nabe aussi l’a vu mais contrairement à l’auteur de Sérotonine, il refuse de s’y complaire et d’y patauger. Et c’est en route vers le Paradis – ce sublime passage sur les Champs-Élysées, grouillant de vie – que Nabe fait une découverte cruciale : les conspis  ! Cette centaine de pages vers le milieu du roman avec un Salim Laibi déblatérant des conneries sur les pédophiles, les illuminatis etc., considéré alors par beaucoup (dont moi, je l’avoue) comme la partie la plus faible du livre, allait s’avérer la plus prophétique ! Un nouveau Mal s’apprêtait à ronger l’époque, involontairement aidé par une Culture qui s’est évertuée à couper l’âme des gens de la réalité : le conspirationnisme, c’est-à-dire la négation de la réalité.
 
     L’avantage de l’anti-édition, c’est la sortie définitive de Nabe du monde de la Culture. Qu’ils sont beaux ces livres tout noirs, sans code-barre ni logo d’éditeur ! Les désavantages, ce sont la facilité pour les médias d’augmenter le boycott à son égard ainsi que le retour à une lenteur du processus d’édition rendue plus lente encore par la nécessité de trouver les fonds nécessaires avant de pouvoir songer à publier.
            Pour résoudre ces problèmes tout en restant fidèle à son éthique, Marc-Édouard Nabe va choisir de multiplier les expositions de peinture pour engranger des fonds. La plus fameuse d’entre elle est peut-être celle d’Aix-en-Provence où Nabe annonça sa venue par une pancarte de deux mètres de long avec écrit dessus : « Tout Paris se fout de votre gueule, bande de ploucs ! Marc-Edouard Nabe expose en haut du cours Mirabeau et vous ne le savez même pas ! »
     On peut voir dans cette pancarte, l’héritage de l’éducation artistique de Nabe rompu à l’art moderne et à Duchamp mais aussi, encore une fois, ce principe de terrorisme contre la culture : chercher à heurter la sensibilité du passant bourgeois, l’obliger à ouvrir les yeux (« il y a tant de gens qui dorment au lieu de vivre », Patience) et provoquer une réaction à tout prix. Faire sortir les gens de leur apathie. Ce travail inspiré du dadaïsme (je ne suis pas spécialiste de l’histoire de l’art, si je m’avance trop, corrigez-moi) sera perfectionné dans ce qui, à ce jour, constitue la série d’œuvres la plus inacceptable, intolérable, inqualifiable, additionnez autant que vous les pouvez les adjectifs de répulsion, jamais produite par Nabe j’ai nommé les magazines Patience ! Dans sa préface au Dostoïevski de Powys, Nabe écrivait : « rien ne vaut une gifle pour vous faire comprendre que vous avez une joue ». Chaque numéro de Patience est une gifle telle, qu’elle a laissée des joues bien rouges pendant plusieurs jours !
 
     Alors que le monde est sous le choc et l’effroi des horreurs perpétrées par les combattants de l’État Islamique, Nabe sort un magazine pour dire qu’en fait, ils sont plutôt cools, et va jusqu’à qualifier Daech, d’État de Grâce. Le mag’ est blindé de photographies réelles d’atrocités gores : mains coupées, têtes coupées, jambes coupées…
     Pourtant, la provocation n’est pas gratuite. Malgré les apparences, elle ne l’est jamais chez Nabe. D’abord, le magazine, en plus d’être une forme qu’il n’a pas encore subvertit (c’est son côté artiste contemporain, qui aime s’attaquer à des formes figées pour les renouveler), permet une publication plus rapide. Ensuite, Nabe doit surenchérir parce que l’Occident refuse toujours d’écouter. Enfin, il ne s’agit désormais plus de lutter uniquement contre la Culture mais aussi contre le nouveau fléau, le conspirationnisme qui lui aussi vient bousiller le rapport que peut avoir l’être humain au réel. Et tenter aussi, de dégonfler par un humour très Hara-kiri, une islamophobie qui s’étend hors de toute proportions. Patience est une nouvelle lueur d’espoir.
     Mais comme un espoir de la dernière chance : que faut-il donc faire, jusqu’au faut-il aller dans l’horreur pour la faire libérer, cette putain de réalité ?
     Les Français sont devenus un peuple d’aveugles et de sourds mais de muets certainement pas ! Ils en ont de la voix pour hurler leur haine du musulman et vociférer leur chiasse de la charia imaginaire. En revanche, voir les crimes d’Assad qui ont amené à ceux de Daech ainsi que les bombardements d’Hollande ? Non, cécité. Entendre les pleurs des pères et mères ayant perdus leurs enfants à Hama et la Ghouta ? Non, surdité.
     C’est pour cela qu’avec Patience, Nabe applique une des hypothèses exprimées dans Le 11 septembre de Mallarmé : « Je pense même que le terrorisme au fond se bat contre la culture ». Nabe devient donc littérairement un terroriste (et pas littéralement) comme le montre le photomontage de la couverture où l’on voit son visage photoshoppé sur celui d’un bourreau s’apprêtant à décapiter Soral. Il transpose donc Daech dans sa littérature, trempe sa plume dans le feu de l’EI et attaque, une fois de plus, cette satanée culture qui se refuse à crever mais aussi la nouvelle monstruosité apparue entre temps, la dissidence. Désormais il faut lutter contre le faux culturel et le faux idéologique. Dans Un État de Grâce, Nabe rattache dès qu’il le peut les crimes de Daech à des équivalences françaises: traitement des femmes, impositions fiscales, décapitations…, avant de s’en prendre directement aux thèses des conspis puis celles du système.
     En se réappropriant par son écriture le geste daechien, il révèle que ni la Dissidence (parce qu’elle ment), ni les système (parce qu’il n’y comprend rien), ni les artistes (parce qu’ils sont nuls) ne sont en mesure de proposer une interprétation convaincante de la réalité. Ce qui amène Nabe à qualifier les mises-en-scènes morbide de l’EI (crucifixions, têtes empalées) comme « de l’art contemporain ! De la vraie installation! », « un sadisme pas gratuit, mais politique, mystique. Mystique de quoi ? De la réalité ! » La réalité, on y revient sans cesse.
     Je confesse une certaine répugnance à considérer la mise à mort d’être humains comme une œuvre d’art mais je pense comprendre ce que Nabe exprime : comme Stockhausen à propos du 11 septembre, les exécutions daechiennes provoquent un choc esthétique qui oblige le spectateur à regarder la mort en face (la seule vérité de ce monde, leitmotiv célinien) mais aussi à l’enrichir d’un sens politique et donc mystique Voilà ce qui arrive à force de nier la réalité. Ceux qui veulent communiquer avec nous se retrouvent « obligés » d’en arriver là, car là est la seule réalité à laquelle nous croyons encore en tant que civilisation la seule chose qui nous émeut, nous bouleverse, nous fasse réagir. D’ailleurs, dans L’Homme qui arrêta d’écrire, Nabe écrivait : « L’humour est la clé de l’art contemporain ». Alors, certes, le rire s’étrangle dans la gorge mais on peut pas reprocher aux djihadistes de l’EI de manquer d’humour macabre. Ils ont fait exploser des gens à l’explosif comme s’ils étaient le Coyote dans Bip-Bip!
     Patience n’est pas une apologie du terrorisme. C’est la transposition artistique et poétique d’un écrivain qui a peaufiné au contact du monde, depuis plus de 10 ans, une esthétique terroriste comme seule capable de comprendre ce qu’il se passe autour de nous. Que sa littérature soit inaudible à cause de ça n’y change rien, tous ceux qui connaissent un peu ses écrits savent qu’il a préfiguré l’avènement de la société conspirationniste.
     Les images chocs ne sont pas présentes pour faire propagande mais pour montrer la réalité horrible et crue, ôtée de tous ces filtres. Que Dar-Al Islam (la revue francophone de Daech) ait repris Patience n’y change rien : non seulement ils ont « expurgé la prose nabienne de ses vulgarités » mais ils n’ont pas reproduits les photos de nus prises par Hervé Gourdel dont un cul affiché en double page. Aussi bien pour les médias français que ceux de l’EI, Nabe est irrécupérable dans sa totalité
     Quant à Patience 2, consacrés aux attentats de Charlie Hebdo, tout est dans le titre : La Vengeance de Choron. Nabe prend la kalachnikov et réexécute les journalistes de Charlie, en hommage à la philosophie et à l’humour de l’homme qu’ils ont tous trahi. La structure du magazine mérite d’être analysée. D’abord, la prise de connaissance par Nabe des attentats jusqu’à la mort des terroristes puis un retour en arrière. Une cinquantaine de pages, sans illustrations, qui retrace l’histoire du nouveau Charlie et qui sont autant de justifications de leurs crimes contre l’humour bête et méchant ainsi que de leur extrême-droitisation progressive. Puis une salve de portraits (Cabu, Charb, Maris…) qui constitue autant d’exécutions. Et enfin l’après attentat. Les conséquences dans la société, le « Je suis Charlie » qui signifie « Je suis anti-arabe », la France qui plonge encore plus dans l’humour de merde et l’islamophobie. « Je vous laisse » assénait Nabe dans son anaphore finale. Le départ de la France approche à grand pas.
     Reste Patience 3, Israël/Auschwitz. Je n’aborderai pas le contenu du magazine mais sa couverture. Dans le précédent, Nabe accusait les « endormis» d’être des « handicapés de l’humour» et les dessinateurs de Charlie d’être des nullards de la caricature, alors il montre l’exemple. Pour ses récits sur les Juifs, il construit une couverture « bête et méchante ». On y voit un nazi embrocher un juif dans un four alors que ce dernier lève le doigt pour dire « Je ne partage pas vos idées mais je suis prêt à mourir pour que vous puissiez les exprimer ». Admirez encore une fois, chers rares lecteurs, l’entière cohérence. Patience 2 était un texte sur le mauvais humour et la liberté d’expression dévoyée : « Comment un pays comme la France peut-il se targuer d’une liberté d’expression alors qu’il y est impossible de dire autre chose que ’il faut se battre pour la liberté d’expression’? » Et voilà Nabe qui montre par l’extrême, le ridicule de la citation tarte à la crème faussement attribuée à Voltaire (tout en étant un montage anti-négationniste contrairement aux caricatures de Moix). Pourquoi un Juif (dans un four qui plus est!) accepterait-il la liberté d’expression du nazi puisque celui-ci ne souhaite qu’une chose : la mort du juif? Et vice-versa : le juif est prêt à mourir pour les idées du nazi ? Tant mieux pour ce dernier ! Le montage devient clair : en dehors de l’appel au meurtre, tout est permis, y compris le mauvais goût le plus total !
     Car, c’est aussi une conviction de Nabe dans sa guérilla contre la culture : il faut s’attaquer au goût qui est une fausse valeur. « Finalement, Duchamp n’était pas contre l’art, il était contre le goût, il ne voulait pas que l’art soit tributaire du goût de son époque » écrivait-il dans L’Homme qui arrêta d’écrire. C’est la bourgeoisie qui décide de ce qui est de bon goût et de ce qui ne l’est pas. En revendiquant le droit d’être de mauvais goût, Nabe ne fait que revendiquer son droit d’être contre la société. L’Homme… encore : « Le geste de Duchamp était une révolte contre l’incapacité de l’art à s’opposer à la société, et surtout à la guerre. »
 
     Mais l’entreprise de terreur sur la culture ne s’arrête pas là. On ne lui donne plus la parole. Il est désormais officiellement boycotté des médias comme l’a révélé Ruquier suite à l’affaire Moix. Pas grave. Il y a toujours une solution pour qui cherche. Dans Patience 2, Nabe avait prévenu : « La parole ça ne se demande pas. Ça se prend »
     Donc, en 2010, Nabe crée un compte Twitter, où, dès 2020, sans jamais s’exprimer par autre chose que le retweet, il partage ce qu’il aime et approuve.
     En 2015, les Éclats apparaissent sur Youtube. Ces transcriptions brutes d’une réalité très vivante où tout le monde a droit à la parole choque sur un réseau habitué aux vidéos superficielles et aux montages très travaillés. J’invite d’ailleurs le lecteur à lire le mémoire de David Vesper, Le Dépossédé, qui aborde plus en profondeur ce sujet.
     En 2017, enfin, Nabe’s News et son accroche qui constitue tout un programme: « Vous aurez de mes nouvelles  !». Chaque publication est l’occasion de montages photos, d’articles, de rubriques, impubliables où que ce soit d’autre.
     À chaque fois, la même volonté : subvertir le médium de sa forme convenue pour y insuffler de la vie, de la réalité et la parole libre (je n’ai pas dit la libre parole).
     2017, toujours, puis, pour finir en 2021, sortent les deux premiers tomes des Porcs, avec une dédicace logique à ces dix-neuf djihadistes qui auront changé, et le monde, et la littérature de Nabe. Les livres sont une transposition aux proportions cathédralesques de l’évolution littéraire de Nabe durant ces vingt dernières années, de sa perception par le monde de l’édition et par ses lecteurs, des conséquences du 11 septembre sur les hommes, les âmes, le monde occidental et oriental, sur la montée inarrêtable du conspirationnisme, sur le passage de témoin entre la télévision et Internet pour le trophée du média dominant sur l’identité des Hommes et tant d’autres choses. En attendant, Nabe s’est exilé. Encore une décision qui ne sort pas de nulle part, qui vient de loin. Alain Zannini ne racontait-il pas l’histoire d’un exil en Grèce ? Nabe n’écrivait-il pas dans Patience : « Je suis contre l’indépendance, c’est encore du nationalisme. Je suis pour l’exil ». Et son anti-édition, n’est-elle pas au fond un exil du monde des lettres ? En 2018, Nabe s’exile donc physiquement en Suisse loin de la pourriture du monde cultivé parisien et de la France en général. Mais ça ne suffit pas. Le dernier exil est spirituel. Il a lieu en 2019 lorsqu’il se convertit au protestantisme, une manière pour lui de fuir cette cohorte d’ex-fans cathos et/ou d’haters plagiaires qui se sont tous découverts, on ne sait comment puisque la plupart n’évoquent jamais le nom de Nabe, une passion pour Bloy, Bernanos, Peguy, Weil, mais marinés dans une immonde sauce d’extrême-droite. Et lorsqu’ils daignent prononcer son nom, on le sait, c’est pour dire qu’il s’est perdu, voire qu’il n’a jamais vraiment compris ces écrivains-là.
     Mais comment Nabe aurait-il pu se perdre, lui qui est d’une cohérence à toute épreuve comme je me suis cassé le cul à le démontrer ? L’humour de mauvais goût de la couverture de Patience 3 n’est-il pas dans la même veine que ses premiers dessins pour Hara-Kiri ? Dans le premier chapitre du Régal des Vermines, n’écrivait-il pas : « je suis trop méchant : je vous déteste trop : je vous refuse tout droit à jouir de mon talent. Je veux donner ici le plus mauvais de moi-même. » Mieux encore, n’annonçait-il pas « un livre sur la Terreur» ? N’a-t-il pas défendu Carlos au point d’en devenir l’ami avant de soutenir par sa plume la légitimité des combattants Arabes et musulmans à vivre libre sur leur terre, de la Palestine à l’Afghanistan ?
     Son travail sur la Réalité dans Les Porcs n’est-il pas le prolongement de celui effectué par le Journal Intime, mais actualisé au regard d’Alain Zannini, du 11 Septembre et des livres qui ont suivi ? Qui sont-ils ces lecteurs du Nabe période 80’s, 90’s, qui ont pu s’aveugler au point de considérer que leur chouchou était un droitard sous prétexte qu’il ne taisait pas la grandeur romanesque des Deux Étendards ? Tout simplement des ploucs lettrés qui s’imaginent que les écrivains qu’ils apprécient sont comme eux. Je dis ploucs parce que leurs réactions à l’égard de Nabe sont d’une fatuité enduite de grossièretés intolérable pour des gens qui osent se piquer de littérature. Hypocrites lecteurs qui ont vu en Nabe un semblable, un frère !
     Ils rejettent Nabe dans les chiottes ? Parce ce que ce qu’il écrit les terrorise ? Ils ne veulent donc plus en entendre parler ? Tant pis, il continuera.
 

Jules