mardi 1 mars 2022
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Actualités brûlantes et nouvelles fraîches de Marc-Édouard Nabe

Que sont mes amis devenus ?
4) David di Nota

J’ai connu David di Nota mineur. Je ne l’ai pas détourné, mais je l’ai retourné ! Et dans le bon sens, bien sûr, avant qu’il ne se reretourne dans le mauvais… David n’avait pas 18 ans lorsqu’on se fréquenta chez Lucette Destouches à Meudon, où il avait été introduit par son professeur de danse, Serge Perrault (qui avait bien connu Céline et Gen Paul dans les années 40 à Montmartre). Di Nota était un petit rat de l’Opéra qui n’avait pas encore décidé de quitter le navire célinien, ce que je peux comprendre, le cercle de Meudon étant très étouffant, et les espoirs qu’on mettait dans ce jeune homme peut-être trop lourds pour lui. Je raconte tout ça dans mon Journal Intime avec plein de détails sur la fin de ces années 80 (1986-1989) où di Nota me suivait sinon comme une ombre, comme un hombre… À propos, je revois Philippe Sollers, qui devait l’éditer, me demander sérieusement si David était homo ou pas. Qu’est-ce que j’en savais d’autre que ce que di Nota trompettait partout ? Qu’il était le seul danseur de sa génération pas pédé ! Encore un qui ne pouvait pas souffrir Sollers — comme il me l’avait dit dès notre première rencontre jusqu’à faire du reproche de ma fréquentation de l’auteur de Femmes le seul point noir qui gâchait la lecture assidue que David faisait de mes livres depuis son adolescence — , et qui of course, comme on dit à Londres où il est parti s’exiler, finit par devenir dans les années 90-2000 un bon petit Sollers boy de plus chez Gallimard, exactement comme Thomas A. Ravier plus tard, et tant d’autres, ravis comme des santons de la crèche L’Infini de rester figés à jamais autour de cette nativité sans cesse renouvelée du soi-disant Dieu Sollers, installé centralement dans son étable de la rue Sébastien-Bethléem, et qui ne s’occupe que de Sa gueule !
     Bref, avec David, que j’ai initié aux lectures de Raymond Roussel, de C. E. Gadda, de J. L. Lima, de J.C Powys et de Gertrude Stein (entre autres), nous avons connu de bons moments. Par exemple, quand nous avons rencontré Lucien Combelle chez Lucette, ou bien Fabrice Luchini au théâtre avec Marc Dachy le dadaïste, autre futur renégat que je lui avais présenté… Ou encore Éric Walbecq, le bloyen qui l’accueillit avec joie dans notre groupe de recherche catholique mystique, Le Cilice, dont di Nota, passionné par Ernest Hello grâce à moi, était très fier de faire partie… Di Nota connut également mon père au club de jazz Le Petit Journal, mais aussi Hélène, et ma belle-sœur Marie-France, et ma chatte Pin-Up, etc. etc. Bien sûr, il était invité à toutes mes fêtes et vernissages (sa mère m’a même acheté une de mes plus belles mosquées – sic­­ — sur toile !), puis peu à peu, David se détacha de mon influence, et ce ne serait pas grave s’il n’avait pas tout fait pour que je prenne mal son rapprochement pervers avec Sollers en tant que petit écrivaillon surveillé par le maître et encouragé dans ses postures pseudo-vénitiennes, sa fausse joie de vivre et ses carences politiques manifestes dans le seul but de m’énerver. En effet, di Nota, comme Zagdanski, comme Yannick Haenel, comme Ravier donc, et tant d’autres, aura servi sans toujours s’en apercevoir de pare-feu, ou plutôt de paratonnerre, à mes foudres colériques contre ce pécheur par omission de Joyaux qui vantait en public leurs faux talents pour mieux entretenir un silence assourdissant à mon encontre ! Je me vois encore faire la gueule en voyant l’affectueuse carte postale que Sollers avait envoyée à di Nota tomber par terre, comme un cheveu de Dieu, lorsque David ouvrit devant moi la boîte aux lettres du logement qu’il occupait rue Vivienne (salut, Lautréamont !)…
     Je parlais de faux talent. Il suffit de dresser la liste des titres des « œuvres » de di Nota pour constater son manque de sève littéraire, sa flagornerie sollersienne justement, et son sens bidon de la pirouette facile qui les caractérise. Festivité locale (1991) ; Apologie du plaisir absolu (1993) ; Quelque chose de très simple (1995) ; Traité des élégances (2001) ; Ta femme me trompe (2013)… Fausse élégance, fausse festivité, fausse simplicité, faux plaisir, faux marivaudage… Le meilleur titre était le premier, celui d’un pamphlet contre le milieu des danseurs gays qu’il n’a pas eu les couilles de publier évidemment : Fichtre !
     Quant aux carences politiques, trois autres livres —  Projet pour une révolution à Paris (2004) ; J’ai épousé un Casque bleu, suivi de Sur la guerre (2008) ; Bambipark, suivi de Têtes subtiles et tête coupées (2009) — tiens, tiens, déjà ? — , n’arrangeront pas ses affaires pour être pris au sérieux et pas en défaut au regard d’une postérité quelconque, s’il y croyait encore.
     Il ne faut pas oublier que j’ai toujours considéré David di Nota comme un lèche-cul qu’il était et qu’il sera toujours. Aujourd’hui, où il vient de commettre un énième livre, stupide, inutile, mais surtout pernicieux et dégueulasse sur Samuel Paty, sa lèche-culterie de désormais quinquagénaire grisonnard n’est plus cachable. Regardez-le remercier les journalistes ébahis par son « courage », donner raison systématiquement à ces moutons bien-bêlants pour qu’ils aillent dans son sens de truqueur d’Histoire, de petit rat mesquin grignoteur sournois de la littérature journalistique !… Son livre, J’ai exécuté un chien de l’enfer, paru non chez Gallimard (ça suffit, les fours !), mais au Cherche Midi commence — mal — par un exergue d’Hannah Arendt… C’est à la fois de la littérature nulle et du très mauvais journalisme. Il ne met pas les vrais noms des protagonistes, mais se contente de leurs initiales. Par exemple, la petite Z. (les lecteurs de Nabe’s News savent qu’elle s’appelle Zaïna) dont il martèle, comme si on ne le savait pas déjà, qu’elle était absente de la classe de Paty le jour de l’exhibition des caricatures.
     Placé sous l’égide fallacieuse de Franz Kafka, di Nota s’appuie sur un contresens total de l’affaire Paty, comme va le démontrer le « Docteur Marty »… C’est du Kafka, mais alors à bon compte. Di Nota veut faire de Paty un héros de Kafka, mais il a été incapable de composer autour de ce soi-disant héroïsme un roman, ne serait-ce qu’ « à la Kafka », alors que c’est ce qu’il aurait dû essayé de faire s’il avait été logique et courageux littérairement, mais David y a renoncé, car ça aurait été un insuccès garanti, et surtout ça aurait été mal vu…
     Ah, c’est insupportable cette analogie entre Samuel Paty et le K. du Procès, par le biais de la « calomnie » dont le héros de Franz est l’objet au début du roman. En plus, Kafka écrit « On avait sûrement calomnié Joseph K. »… Toute la richesse de sens de ce roman définitif sur toute justice, loi, crime, faute est déjà annoncé, dans cet incipit par ce « sûrement » négligé par di Nota tout aveuglé par la « calomnie » ! Il ne va pas plus loin car pour lui, c’est la même calomnie que celle de K. qu’a subie Paty. Mais pas du tout ! Paty n’a essuyé aucune calomnie, mais des mensonges, ça oui. Quand Z. dit qu’elle était là, elle ne calomnie pas Paty, elle ment. Nuance, David ! Et qu’elle ne fût pas dans sa classe ne rend pas moins vrai que Paty, en toute conscience, y a montré des dessins problématiques à d’autres petits musulmans de 13 ans qui ne pouvaient qu’en être choqués ! Le nier, ça, c’est de la calomnie !
     Autre analogie « kafkaïenne » qu’ose inventer di Nota  : Paty est mort « comme un chien », comme il est dit en effet, et cette fois à la fin, dans le roman de Kafka, d’un coup de couteau dans le cœur, et surtout comme l’a tweeté aussitôt Anzorov, l’assassin revendiqué de Paty. « J’ai exécuté un chien de l’enfer », d’où le titre du livre de David. D’ailleurs, ce n’est pas la bonne phrase d’Anzorov : il a écrit à Macron qu’il avait exécuté « un de tes chiens de l’enfer ». C’est à ça qu’on reconnait, entre autres, le mauvais écrivain (Zagdanski, etc.) et le con en général (Rioufol, etc) : à l’approximation systématique qu’ils pratiquent impunément et qui entraîne l’escamotage des articulations d’une pensée, comme des mots et des actions qui vont avec.
     Passons également sur la lourdaude facilité à double tranchant de reprendre les mots d’un criminel pour rédiger une charge contre lui. Denis Robert, autre mauvais contre-enquêteur, avait déjà commis l’erreur en titrant son livre sur l’affaire Grégory J’ai tué le fils du chef. Comme si, en la circonstance, ce « je » ne devenait pas l’auteur lui-même plutôt que l’auteur du meurtre ! En imaginant avoir retourné la phrase contre son scripteur, David di Nota croit aussi sans doute avoir, par son livre, exécuté ce chien de l’enfer qui serait à ce moment-là Anzorov, mais c’est lui-même, David di Nota, le chien de l’enfer qu’il cherche à liquider, et de l’enfer de son passé, de mon passé même ! Il n’a exécuté là qu’un seul chien de l’enfer, celui qui le gêne, celui qui, à 17 ans et demi, était avec moi, en plein paradis à Meudon, avec Serge, Lucette, Sergine, etc.
     Poursuivons. Le pire crime de di Nota dans ce livre, c’est de comparer K. à Paty dans leur « innocence » commune. Non ! K. est innocent, mais pas Paty. Il n’a pas « rien fait de mal ». Et c’est une fois de plus toute l’incompréhension du lecteur de Kafka David di Nota qui apparaît ici. Si Kafka était parti du postulat que K. était coupable, il n’aurait pas pu écrire Le Procès ; en revanche, c’est parce que di Nota est parti de celui que Paty est innocent qu’il a pu publier J’ai exécuté un chien de l’enfer. Rien à voir ! En calomniant ainsi Kafka, di Nota calomnie à la fois la littérature et la réalité.
     Pour David di Nota, Paty n’avait même pas à reconnaître une « erreur » comme le lui ont signalé ses supérieurs du corps enseignant. Le « corps enseignant »… Le Coran saignant, oui ! Une preuve parmi d’autres, c’est ce soin que met durant tout son « rapport » (comme un rapport de police…) di Nota à ne pas signaler quel genre de caricatures Paty a montrées à ses élèves, ni de qui elles étaient signées. La Coco passe à l’as et sa représentation de Mohammed « sans vêtements » (dixit Zaïna) aussi. Tout ça, hop ! sous le tapis volant de son petit livre de merde qui n’éclaire que ce qui l’arrange lui, di Nota, pour son pauvre petit plan de carrière dont il n’a pas l’air de comprendre qu’elle est foutue depuis le début, depuis qu’il a cru que Sollers allait le lancer, le lancer loin, ce qu’il a fait, mais comme un cochonnet, avant d’abandonner dare-dare ses boules de pétanque sur le gravier pour courir boire un verre de Bordeaux tout seul avec sa Dominique Rolin sur le Zattere !…
     Donc, dans le livre de di Nota : aucune analyse des caricatures, ni aucune allusion à la jumelle de Zaïna (il n’a pas lu Nabe’s News ? Mon œil !)… C’est la technique Zagdanski, Moix et Cie. Comme eux, di Nota finira tragiquement en écrivain raté, banal, rangé… Dans mon sillage d’abord pour en sortir ensuite. Surtout bien faire l’inverse de ce que dit Nabe, pour se démarquer de lui et avoir l’air rebelle et indépendant, tout en regagnant, l’air de rien, le camp des bien-pensants. Là, ce n’est plus « mon œil ! », c’est « mon cul ! » qu’il faut dire ! Ils prennent le positionnement qui reste. Horrible. Par vexation personnelle, ils épousent l’idéologie contraire !
     Di Nota commet des mensonges pires que ceux de Zaïna qui avait affirmé être dans la salle de classe lorsque Paty montra les crobards immondes de Coco aux autres mioches. En plus, David se contredit : si Paty ne leur avait pas demandé de sortir, en quoi alors il aurait fait preuve de « prévenance » (mot dont il se gargarise la glotte) à leur égard ? David nie que Paty ait offensé les élèves et affirme que soi-disant, ceux qui étaient vraiment présents ont trouvé ça super de regarder les dessins. Pour di Nota, qu’il n’y ait pas eu de « discrimination » dans la volonté de prévenance de Paty à l’égard des élèves musulmans (ah bon ?) suffit à laver le professeur de toute faute. OK, mais la monstration de caricatures islamophobo-pornos à des Arabes impréparés depuis des siècles, n’est-ce pas a minima une « gaffe » révélatrice ? Ah, mais c’est vrai que pour di Nota, et tous ses copains de Causeur, l’islamophobie n’existe pas : « Accusation à tort d’islamophobie ».
     Je parle de ses copains de Causeur, Élisabeth Lévy en tête d’alcoolo, mais il y a aussi Sonia Mabrouk, Yves Calvi, Natacha Polony, André Bercoff, Pascal Praud, Marc Weitzmann… Cherchez le point commun de ces canailles médiatiques :  un extrême-droitisme qui chie dans son froc de dire son nom, une haine viscérale, puisque cette chiasse part du ventre, pour l’Arabe en soi, même pas pour le musulman ni pour l’islamiste : pour l’ Arabe, la « crouille », le « bicot », le « sidi », le « raton », comme on pouvait dire au bon vieux temps d’avant, où tout était mieux, y compris l’Algérie (française) !… On connaît ! En effet, ils ne sont pas islamophobes, ils sont arabophobes, et les « islamo-gauchistes » osent les montrer dun doigt pour cela… Il a bon dos, l’islamo-gauchisme des « décoloniaux », les bêtes noires de di Nota et compagnie ( pour ne pas dire « et colonies »)… D’ailleurs, la voilà, la cible réelle de di Nota dans son livre, elle apparaît d’abord discrète, puis de plus en plus présente, lancinante au fil des pages, on sent bien que Paty ne l’intéresse pas plus qu’Anzorov. Celle que David vise avec sa petite fronde munie d’un caillou semé par le Petit Poucet qu’il se croit être, perdu dans sa forêt de détails en pleine contre-enquête, mais qui est plutôt celui, oublié, dans sa propre chaussure, pour ne pas dire son propre chausson, c’est Houria Bouteldja ! Oui ! Bouteldja dont j’ai tant vanté les mérites polémiques et politiques (voir mes Porcs) revient sans arrêt sous la plume de di Nota. Et d’ailleurs cela explique ceci : parce que j’ai soutenu un temps Bouteldja et ses sains propos, il faut l’attaquer. Tout est en miroir toujours, je vous disais, en contrepied par rapport à moi. Ils fantasment tous… Petit problème de jalousie sexuelle avec Houria, David ? Ça semble clair quand on le voit décortiquer à la va-vite le livre de l’Algérienne indigéniste furax sur les Blancs, les Juifs et « eux ». Il la prend de haut, la cite abondamment, il la critique sur tout, sauf sur l’essentiel. Moi, j’ai le droit de chercher des noises à Houria, et ce droit, je le prendrai un jour, mais pas lui ! Ce petit ignorant phraseur qui lui préfère Gilles Kepel consacre à Bouteldja deux chapitres de son livre. Quel rapport avec Paty ? Même Tariq Ramadan n’en a droit qu’à un, et pour le traiter de « tartuffe », insulte que di Nota a piqué à un autre pauvre type anti-arabe, qui avait écrit un pamphlet contre Ramadan en 2003, Jack-Alain Léger.
     Avec tout ça, di Nota était sûr d’avoir son petit succès pendant quelques semaines. Toute la droite anti-islamique lui a déroulé une langue rouge comme un tapis. Trop content, les beaufs blancs, de tenir une sorte de cultivard philosophe littéraire pseudo pointilleux qui allait dans leur sens. Avec à la clé, ce concept horrible forgé par di Nota : l’antiracisme islamiste.
     Di Nota, voici son calcul de petit malin : « Pour les un an de la décapitation de saint Samuel Paty, je vais choisir le seul axe qui me reste : attaquer l’Éducation nationale et pas les islamistes. Ainsi je fais un coup double : je ne prends aucun risque de froisser un quelconque Arabe directement, et je fais la leçon à l’Institution qui, selon moi, est la vraie coupable de toute la tragédie… ». Son reproche principal c’est que les supérieurs de Paty n’ont pas voulu faire de vagues. « Pas de vagues » ? Mais c’est ce que di Nota a fait toute sa vie, ou plutôt n’a pas fait : des vagues !
     C’est du gâteau d’attaquer l’Éducation nationale, surtout au nom de ce qu’elle devrait être, c’est-à-dire une défenseuse solidaire des professeurs attaqués. L’idole de di Nota, avec toute la religiosité laïque et tout le charabia qui va avec, c’est le sacro-saint prof qui sait les choses et qui sait les transmettre à ceux qui ne savent pas (autrement dit, les enfants, ces veaux ignorants et insensibles, ces petites merdes à éduquer). Pour di Nota, c’est l’Éducation nationale qui a lâché Paty, qui n’a pas su le protéger, qui lui a donné tort plus ou moins insidieusement, alors que Paty ne faisait que suivre le programme… Ah bon, ça fait partie du programme de montrer de mauvaises caricatures pornos à des enfants musulmans et de leur dire, pour plus les exciter encore, de sortir de la classe si ça les gêne ? Ça fait partie du programme d’être autant de mauvaise foi et d’une bêtise aussi crasse que l’était Paty ? C’est là que di Nota monte sur son petit cheval : « Paty n’avait pas à s’excuser, ça abime l’autorité du professeur d’avoir à s’excuser auprès de ses élèves ou auprès de leurs parents. » Je crois que c’est ce qui dégoûte le plus dans la daube de di Nota, c’est cette défense et cette idéalisation du prof. Il récidive d’ailleurs dans son livre même en soutenant cet abruti chevelu menteur de Didier Lemaire, autre prof (de philo) anti-arabe.
     Voilà ce qu’est devenu David di Nota : d’ex-danseur romancier falot étouffé dans l’œuf par papa Sollers, il s’est métamorphosé en un petit soldat d’extrême-droite en carton-pâte qui met toute son énergie et sa fausseté à vanter le professorat en tant que tel. Mais, abruti ! au lieu de Kafka, c’est Mallarmé qui aurait dû t’inspirer pour écrire ton livre sur Paty. Ça t’aurait fait du bien ­— et ça aurait aidé les autres à comprendre — de rappeler que Mallarmé était un très mauvais professeur, qu’il balbutiait piteusement l’anglais qu’il était censé enseigner… Qu’il n’en avait rien à foutre de sa mission éducative, qu’il était considéré comme le cancre de sa propre classe, au point qu’une cabale de proviseurs, d’inspecteurs, d’élèves, de parents, et d’autres profs a réussi à le faire virer du lycée de Tournon où il « professait » en 1866. Oui, David ! Stéphane Mallarmé, un des plus grands poètes de son époque, n’a jamais rien investi dans son boulot à la con ! Et de chahuté, il a été chassé pour cela ! Toute la marmaille et leurs darons et daronnes avaient sous la main un esprit pareil, et ils l’ont persécuté parce qu’il était un « mauvais prof ». Ils se foutaient même de sa gueule, ces ordures, lorsque ses poèmes étaient publiés dans le Parnasse contemporain. On raconte que les vermisseaux mal élevés (ou plutôt bien élevés) de sa classe avaient écrit, pour l’accueillir, sur le tableau noir, le dernier vers de son poème L’Azur, où Mallarmé répète le dernier mot 4 fois, avant de tous se plier en quatre justement lorsqu’il entra donner son cours… Qu’est-ce qu’on se marre chez les potaches ardéchois ! Futurs adultes bourgeois qui s’esclafferont bientôt devant les tableaux de Gauguin, de Van Gogh et de Cézanne !
     L’Éducation ? C’est ça que tu défends désormais, di Nota ? T’es devenu un pro-profs !… Comment peux-tu encore te prétendre écrivain, ce que tu n’as jamais été, en plus ? Et tu t’en rends compte avec aigreur, ça se voit à ta bouche crispée, à tes lèvres de plus en plus pincées avec le temps sur des dents limées, rabotées à toute liberté, à toute anarchie, à toute drôlerie, à tout désordre, à toute anti-scolarité. Tu défends désormais la laïcité qui a eu la peau de tous les artistes que tu disais adorer dans ta jeunesse. Mais tu n’as pas honte, David ? Rechausse tes chaussons moisis de petit rat, et rentre vite comme une petite souris sans queue dans les égouts de l’Oubli. Tu as tout trahi, et ça te hante.

« Je suis hanté. L’Azur ! l’Azur ! l’Azur ! l’Azur ! »

Marc-Édouard Nabe

PORTFOLIO :

Serge Perrault

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Lucette Destouches sur la plage de Saint-Malo (1937)

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Philippe Sollers (avec Christine Angot), 2015

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Abdoullakh Anzorov, l’assassin de Samuel Paty

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Samuel Paty, la victime d’Abdoullakh Anzorov

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Franz Kafka et un dessin de lui

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Houria Bouteldja à Liège en compagnie de Georges Simenon… (2021)

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Didier Lemaire

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Stéphane Mallarmé peint par Marc-Édouard Nabe (2022)

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Extraits du Journal de Nabe sur David di Nota :

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